Ce que la tontine chinoise nous apprend sur le mentorat et la réussite collective

Ce que la tontine chinoise nous apprend sur le mentorat et la réussite collective

L’année dernière, j’ai découvert que la tontine, telle que nous la pratiquons en Afrique, est aussi très répandue… chez les Chinois. Les commerçants chinois à Paris font de la tontine. Mais pas exactement comme nous. Lorsqu’un nouveau membre de la communauté arrive fraîchement du pays, il n’arrive jamais seul. Il est recommandé par un « frère du village » déjà installé, qui se porte garant pour lui. Et surtout, on ne lui remet pas simplement de l’argent. On lui met à disposition un business qui fonctionne déjà : un local, de la marchandise, parfois même du personnel, et surtout un accompagnement quotidien.

L’objectif est simple : lui permettre de travailler immédiatement dans de bonnes conditions, de générer du chiffre et, ainsi, d’honorer ses versements sans interruption. En contrepartie, une fois que son activité est stable et rentable, il lui est demandé une chose : entrer à son tour dans la chaîne. Accueillir le prochain. Lui transmettre ce qu’il a reçu. Reproduire le modèle. Ce système repose sur un pilier central : le garant. Ce fameux frère du village qui ne fait pas que signer un engagement moral ou financier, mais qui accompagne réellement, conseille, corrige, recadre si nécessaire. Il tient la main. Il transmet les règles non écrites. Il évite les erreurs grossières. Bref, il joue un rôle précis : celui de mentor.

Et c’est là que la question devient intéressante. Pourquoi le mentorat est-il aussi central dans ce processus ?

Parce que l’argent seul ne suffit pas. Parce qu’un commerce ne se résume pas à un capital de départ. Parce que ce qui fait souvent échouer un projet, ce n’est pas le manque de volonté, mais le manque de lecture du réel. Le mentor, dans ce modèle, n’est pas là pour briller. Il est là pour réduire le risque. Il sait comment fonctionne le quartier, quels fournisseurs sont fiables, quelles erreurs éviter, quelles marges sont réalistes, quand il faut tenir bon et quand il faut s’adapter. Il transmet une intelligence pratique, forgée par l’expérience, que ni un diplôme ni un prêt bancaire ne peuvent offrir. Sans mentorat, la chaîne se brise. Avec le mentorat, le système devient auto-renforçant.

Et c’est précisément là que cette réflexion nous concerne directement. Dans notre communauté, on voit émerger quelque chose de similaire. Des anciens étudiants, aujourd’hui bien intégrés, qui essaient de tendre la main aux nouveaux arrivants. Pas seulement en donnant des conseils abstraits, mais en ouvrant des portes, en partageant des réseaux, en expliquant les codes, parfois même en portant temporairement le risque avec eux.

Ce sont des initiatives encore fragiles, imparfaites, mais essentielles. Car faire grandir les autres permet à toute une communauté de changer d’échelle.

Et toi, as-tu un mentor ? Ou es-tu un mentor pour quelqu’un ?

Georges DEFO