Ce que l’argent change vraiment dans une famille

Ce que l’argent change vraiment dans une famille

Dans beaucoup de familles, tout va bien tant que personne ne gagne « trop »… ou « pas assez ».

Il y a d’ailleurs cette boutade qui dit que lors des rassemblements familiaux, le droit d’aînesse, pourtant sacré dans notre culture, se voit parfois relégué au second plan au profit du poids du portefeuille. On se retrouve alors à retarder le début des cérémonies, ou à missionner l’aîné qui a la “poisse” de ne pas être financièrement stable, simplement parce qu’il n’est plus celui qui tient la bourse.

La question de départ était : qu’est-ce qui change quand l’argent arrive dans une famille ?

Les réponses sont multiples, mais certains schémas reviennent souvent. Les attentes deviennent floues, mais surtout lourdes, pour celui dont la situation financière s’est améliorée. L’aide ponctuelle devient un dû. Le silence est désormais interprété comme du mépris. À me lire, on pourrait croire que le déséquilibre vient toujours de ceux qui n’ont pas d’argent. Ce n’est pas toujours le cas. Il arrive aussi que le “porteur” devienne capricieux, que la gratitude qu’on lui exprime se transforme en justification d’exigences. Dans certains cas extrêmes, on glisse vers une forme de tyrannie où le plus fortuné s’arroge le droit de faire la pluie et le beau temps, plaçant ses priorités au-dessus de celles de ses nouveaux vassaux.

Loin de moi l’idée de jeter la pierre à qui que ce soit. Mon intention est surtout d’interpeller ceux qui, en me lisant, se reconnaîtront d’un côté ou de l’autre. Je repense à ce grand frère qui avait pris un second emploi pour financer les études de sa sœur cadette restée en Afrique. Pendant deux ans, il faisait plus d’une heure de vélo pour se rendre sur son lieu de travail. Puis un jour, elle lui annonce qu’elle ne souhaite plus terminer son cursus, alors qu’il ne lui restait que quelques mois pour obtenir son diplôme. Le simple fait de lui demander de reconsidérer sa décision lui valut d’être traité de dictateur. Qu’aurais-tu fait à sa place ?

En définitive, il faut se rappeler une chose : quand l’argent arrive, s’il n’y avait déjà pas d’amour, il n’en créera pas. S’il n’y avait pas de considération, il n’en fera pas apparaître. Et s’il n’y avait pas de respect, il ne le fabriquera pas non plus. N’attendons pas l’argent pour soigner nos relations familiales, car lorsqu’une frustration existe déjà, l’argent a surtout tendance à l’exacerber.

On peut alors se poser les vraies questions : jusqu’où doit-on aider sa famille ? Quel niveau d’aide est raisonnable d’attendre des siens ? Et surtout, est-ce que s’aimer signifie toujours payer ou donner de l’argent ?

En définitive, l’argent ne détruit pas les familles.

Il oblige simplement chacun à révéler sa conception de la loyauté.

Georges DEFO

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