Ce que peut cacher un silence à table lors d’un repas de famille

Ce que peut cacher un silence à table lors d’un repas de famille

Lors d’un repas de famille, les assiettes circulent. On parle du travail, des enfants, des projets. On rit un peu trop fort parfois. On est tous contents de se retrouver. D’ailleurs, ça fait un moment que je n’ai pas eu l’occasion d’en faire un.

C’est en écoutant cette chanson d’Orelsan où il évoque ces repas de famille où “l’oncle regarde bizarrement les enfants” que l’idée de ce texte m’est venue.

Et cette réflexion aussi :

Pourquoi personne n’aborde le sujet ?
Pourquoi personne ne l’interpelle ?

Ils sont parfois nombreux à voir l’oncle adopter ce comportement borderline.
Mais étrangement, certains détournent le regard ou préfèrent minimiser.

En gros, on sourit. On détourne. On sert du jus. Puis, silence.

Dans beaucoup de familles, on apprend très tôt qu’il y a des sujets qu’on n’aborde pas. Parce que “ça ne se fait pas”. Parce que “ça salit le nom”. Parce qu’il faut préserver l’honneur de la famille.

Mais à quel prix ?

Je pense que nous sommes tous d’accord :
on veut des enfants brillants qui réussissent et portent le nom plus haut que la génération précédente. C’est pour ça qu’on investit dans leurs études et leur réussite sociale.

Mais très souvent, dans le type de famille dont je parle, on sacrifie parfois sans même s’en rendre compte leur santé mentale.

Je prends l’exemple de certaines jeunes filles qui grandissent avec un rapport compliqué à leur corps. Très jeunes, elles développent un comportement hypersexualisé, avec un impact néfaste sur leurs études.

On accuse souvent la jeune fille. Sans savoir qu’elle a été brisée dans le cercle supposé la protéger. Et qu’elle n’a jamais eu la chance d’être soignée. Parce qu’il ne fallait pas faire de vagues et parce qu’il ne fallait pas exposer la famille. Alors elles grandissent avec un silence à l’intérieur. Un silence qui finit par ressortir ailleurs :
dans des relations toxiques, dans un manque de respect envers elles-mêmes.

Il y a aussi l’autre type de silence.

Celui qui arrive quand quelqu’un évoque un héritage. Une maison au pays, une succession mal clarifiée.

Ce sujet a le chic pour cristalliser les tensions et réveiller de vieilles blessures à peine couvertes.

Beaucoup se font surprendre par la mort, laissant derrière eux des non-dits et des ambiguïtés qui transforment la succession en panier d’oursins dans lequel personne n’ose plonger la main.

Très souvent, dès que le sujet apparaît…Silence. On change de discussion.

Là encore, on préfère préserver l’unité apparente plutôt que d’affronter la vérité et poser de vraies fondations.

Qu’il s’agisse d’un traumatisme couvert ou d’une succession évitée, le mécanisme est le même. On se tait. Pour maintenir la paix. Pour éviter le conflit.

Mais le silence ne supprime jamais le problème.

Tu me diras peut-être que ces situations sont rares.

Moi, je trouve simplement qu’elles ne devraient pas exister du tout.

Parce qu’au final, ce qu’on appelle “honneur” est parfois juste un autre nom pour la peur. Et tant qu’on continuera à protéger l’image plus que les personnes… Le silence restera le convive le plus fidèle à nos tables.

"Communication is the key."

Georges DEFO

Read more