Ces phrases qu’on n’oublie jamais
Aujourd’hui en 2026, je me souviens encore comme si c’était hier de toutes ces phrases qui m’ont transpercé comme une flèche. Et on parle de phrases qui datent de mes premières années de collège en 2001. Entre ceux-là qui m’appelaient « Guinness » et ceux-là qui m’appelaient « délestage ». Sur le coup, on rigolait — du moins je faisais mine de rigoler avec eux — mais ce sont ces mots qui ont créé des micro-déchirures dans la confiance que j’avais en moi.
Heureusement, notre quotidien en Afrique avait tout ce qu’il fallait pour nous anesthésier d’une certaine façon. Les rires, le bruit, la vie dehors, le mouvement permanent. Tout cela permettait de ne pas rester trop longtemps seul avec ses pensées. Mais toujours est-il que, s’il fallait revivre tout ça, je dirais non. Et je m’opposerais à toutes ces fois où j’ai subi en silence.
Avec le recul, je comprends mieux pourquoi certaines blessures ne disparaissent jamais complètement. Parce que ces mots ne visaient pas ce que je faisais, mais ce que j’étais. Et quand une phrase touche à l’identité, elle ne s’efface pas avec le temps. Elle s’enfouit. Elle attend. Et parfois, elle ressort des années plus tard, au détour d’un regard, d’un échec ou d’un moment de doute.
Ce qui me frappe aujourd’hui, ce n’est pas tant la méchanceté de ceux qui parlaient, mais la légèreté avec laquelle les mots étaient lancés. Pour eux, c’était une blague. Pour moi, c’était une construction intérieure qui se fissurait. Et c’est là toute la responsabilité de la parole : celui qui parle oublie souvent, celui qui reçoit se souvient longtemps.
On ne pourra jamais effacer toutes les phrases qui nous ont blessés.
Mais on peut choisir de faire attention à celles que l’on transmet.
Parce qu’il y a des mots qui passent… et d’autres qui restent.
Georges DEFO