Dire merci avant d’oublier le chemin
Le cerveau collectif est un concept extrêmement puissant, que nous devons développer avec la plus grande énergie au sein de nos communautés. Je le disais encore récemment : ce n’est pas un hasard si les sociétés occidentales ont longtemps investi massivement dans l’accès aux livres et à la connaissance.
Dans une bibliothèque, on trouve le condensé de siècles de recherches, d’analyses de la vie et, plus largement, du monde qui nous entoure. Permettre à un jeune qui arrive comme un verre vide, de gagner un temps considérable en s’abreuvant de ceux qui l’ont précédé est un enjeu vital. C’est une question de continuité, de transmission, presque de survie intellectuelle.
J’étais d’ailleurs convaincu, jusqu’au mois dernier, que je n’avais plus accès aux bibliothèques parce que je n’étais plus étudiant. Jusqu’à ce que nous commencions nos sessions de travail hebdomadaires et que je découvre une chose toute simple : toute personne a le droit d’entrer dans une bibliothèque et de se servir librement des livres mis à disposition. Alors, on doit dire merci à qui ? Moi, je pense qu’il faut dire merci à ceux qui ont compris, très tôt, l’enjeu fondamental du partage de la connaissance dans l’élévation d’une société. Mais avant même d’aller aussi loin, j’ai une question franche à te poser : quand a été la dernière fois que tu as sincèrement dit merci à ceux grâce à qui tu vis ta meilleure vie aujourd’hui ? Tes parents. Ton ou ta conjointe. Un frère. Une sœur.
En écrivant ce texte, j’ai parfois l’impression de répéter ce qu’a écrit Ronel récemment. Mais en me replongeant dans ma vie à Douala en 2008, et dans tout ce qui a suivi la chance de pouvoir faire des études, le soutien moral, le soutien financier, et surtout l’amour reçu, je ne peux que me sentir profondément reconnaissant.
Parce qu’une fois que l’on commence à gravir la montagne, on finit parfois par oublier de regarder le chemin parcouru. Et surtout, on oublie ceux qui n’ont pas eu la force, les moyens ou simplement l’opportunité d’accomplir la même traversée.
Loin de moi l’idée de dire que j’ai atteint le sommet. Au contraire. Mais si je n’atteignais jamais ce sommet, cela voudrait aussi dire que je n’aurais peut-être pas pris le temps de dire merci.
Alors, tout simplement : merci à papa, merci à maman, et merci à vous tous qui connaissez mon parcours et qui, à votre niveau, avez œuvré pour que je puisse vous écrire ce petit texte aujourd’hui.
Georges DEFO