Entre humour et blasphème, qui trace la ligne?
Je regardais la vidéo d’un jeune Camerounais qui s’amusait à reproduire les gestes d’un prêtre qui célèbre l’eucharistie. Ça m’a fait rigoler, parce que ça rappelait vraiment le sérieux presque théâtral du prêtre à ce moment précis. Et surtout, le gars avait remplacé la coupe de vin par une bouteille de bière. Le décalage était parfait.
J’avais rigolé trop vite.
Avant d’aller dans la section commentaires, j’avais oublié l’existence de la team premier degré. Ces personnes qui, même face à un contenu clairement absurde, te rappellent que rien n’est drôle dans le blasphème, que tout a des limites, et qui te demandent presque une autorisation officielle pour rire.
Le plus drôle, c’est que j’ai déjà fait partie de cette équipe-là selon les sujets. On a tous nos zones sensibles, nos lignes rouges invisibles. Mais ce qui me dérange, c’est l’indignation sélective : on tolère certaines moqueries, on en condamne d’autres, souvent en fonction de ce qui nous touche personnellement.
Alors je me suis posé une vraie question : où commencent les limites ?
À quel moment une blague cesse d’être une blague ? Est-ce que c’est l’intention de celui qui crée le contenu, ou la sensibilité de celui qui le reçoit ?
Je crois qu’on confond souvent trois choses : le manque de respect, la satire et le sacrilège. La satire exagère pour faire réfléchir. Le manque de respect écrase pour se sentir supérieur. Le sacrilège, lui, dépend entièrement du regard du croyant. Et c’est là que tout devient flou.
Internet a amplifié ce flou.
Avant, une blague restait dans un cercle précis : tes amis, ton quartier, ton bar. Aujourd’hui, elle tombe sous les yeux d’un pasteur à Douala, d’une sœur à Montréal et d’un athée à Bruxelles en même temps. Chacun avec son histoire, ses blessures, son éducation.
Mais est-ce qu’on doit arrêter de rire pour autant ?
Je ne crois pas. Le rire a toujours été une manière de désacraliser la peur, de questionner le pouvoir, même religieux. Beaucoup de choses qu’on respecte aujourd’hui ont été bousculées hier par des caricatures.
Peut-être que la vraie limite n’est pas dans l’objet de la blague, mais dans ce qu’elle produit : est-ce qu’elle ouvre un dialogue ou est-ce qu’elle humilie ? Est-ce qu’elle fait réfléchir ou juste blesser ?
Moi, je continue de penser qu’on peut rire de tout…
mais pas n’importe comment, et surtout pas sans assumer que quelqu’un, quelque part, ne rira pas avec nous.
Le paradoxe même dans tout ça est que je suis très moqueur comme personne mais moins fair-play quand je suis moqué. Mais néanmoins, je l’accepte et prends sur moi tant qu’il n’est pas ici question de rabaisser ou d’humilier.
Et toi? Quelle est ton approche par rapport à ce sujet?
Georges DEFO