Entre idéal et réalité

Entre idéal et réalité

En tant qu’ancien étudiant étranger en France, sans revenus, j’ai galéré.

Payer mon loyer étudiant était un combat. J’ai même, à une époque, accumulé jusqu’à six mois de retard. Et il n’y a rien de plus pesant que ça.

D’ailleurs, je me demande encore comment certains arrivent à vivre leur meilleure vie en sachant qu’ils doivent de l’argent partout.

Mais ça, c’est une autre discussion.

Ce qui me travaille aujourd’hui, c’est autre chose. Quand j’étais plus jeune, je m’étais fait une promesse. Celle d’être celui qui tend la main. Celui qui n’oublie pas d’où il vient. Celui qui aide, sans compter, ceux qui sont à la place que j’occupais. L'expérience avec le footballeur professionnel à qui j'avais refusé mon aide m'a encore conforté dans cette pensée.

Et avec le temps, je me rends compte que la réalité est plus nuancée. Oui, j’ai aidé. Oui, certains ont bénéficié de mon encadrement. Et certains continuent même encore de le faire, mais je suis loin de l’image du “sauveur” que j’avais construite dans ma tête. Celui-là qui peut aller jusqu'au sacrifice ultime.

Et parfois, certaines expériences te rattrapent.

Comme cette main tendue par mon ami à une sœur…qui, sans aucun scrupule, laisse le bien de son bienfaiteur dans un état lamentable. Ce frère camerounais qui pour obtenir un boulot de vital à sa survie, réussit à convaincre un autre de lui prêter son permis de conduire, mais se rend coupable d'un délit de fuite laissant une personne à l'article de la mort, incriminant de fait, son "bienfaiteur".

Et là, tu te poses des questions. Est-ce que j’ai été naïf ? Est-ce que j’ai mal placé ma confiance ?

Aujourd’hui, je me surprends donc à douter.

Si j’étais propriétaire, est-ce que j’aurais encore cette compassion automatique pour quelqu’un “comme moi”, avec un dossier moins rassurant ? Et si? Et si Et si?

Avant, je t’aurais répondu oui, sans hésiter. Aujourd’hui… je ne sais plus. Parce que le monde dans lequel on évolue est dur.

Très dur. Au point où j'ai même peur de rester qui je suis au fond.

Un environnement où les risques sont réels, où chaque erreur peut coûter cher, où la bonne volonté ne protège pas toujours. Et petit à petit, tu comprends quelque chose.

Vouloir aider, c’est noble. Mais aider sans cadre, sans discernement… peut te coûter cher.

Très cher.

Alors peut-être que le vrai équilibre n’est pas de devenir dur. Mais de devenir lucide.

Parce qu’au fond, aider les autres ne devrait jamais te mettre en danger. Surtout que parfois on peut même t'en vouloir juste car tu as la volonté et la possibilité d'aider ton prochain.

Georges DEFO