Est-ce qu’un collègue de travail est un ami ?
C’est la question que m’a posée un collègue récemment. Et c’est une question délicate, parce que, pour être honnête, je ne suis pas sûr d’avoir une réponse définitive non plus.
Pour poser le décor, je vais prendre deux cas assez parlants.
Quand on y regarde de près, on passe souvent plus de temps avec nos collègues qu’avec nos familles respectives. C’est un fait. Et c’est aussi ce qui fait que, lorsque l’ambiance est bonne, que le projet est stimulant et que quelques atomes crochus se créent, on peut facilement être tenté de croire que nos collègues sont nos amis.
Beaucoup de jeunes Africains, lorsqu’ils entrent dans le monde du travail, se retrouvent malheureusement à tout mélanger. Faute de codes, ils parlent de leur vie privée sans filtre, donnent leur avis sur des sujets délicats, en oubliant parfois les différences culturelles et surtout la nature du cadre professionnel. Des positions que tu peux défendre avec tes amis, sans conséquence, peuvent en revanche te coller des étiquettes en entreprise. Car les amis ont pour habitude d’accepter les différences de leurs amis. Le monde du travail, lui, fonctionne autrement.
C’est ainsi que certains se retrouvent avec des ruptures de période d’essai ou des fins de mission pour « incompatibilité comportementale », alors même que, techniquement, ils cochent toutes les cases. À mes jeunes frères, je dis toujours ceci : si tu parles mal d’un collègue avec un autre, dis-toi que la même chose se fait quand tu n’es pas là. Et ce que tu dis, même si « tout le monde » semble d’accord en aparté, peut un jour être utilisé contre toi.
Cela dit, affirmer cela ne revient pas à dire que l’amitié ne peut pas naître en entreprise. Ce serait renier les liens que j’ai pu créer avec Lionel, ou encore Nabil, qui m’avait fait l’honneur de m’inviter à son mariage deux ans après que nous ayons travaillé ensemble chez SISID. Ils sont d’ailleurs plusieurs avec qui j’ai gardé contact après nos collaborations. Parce qu’au-delà du travail, ces personnes étaient capables de se battre pour moi… et moi pour elles.
Mais ces relations-là ne sont jamais le point de départ. Elles sont le résultat d’une analyse, d’un temps long, et surtout d’une compréhension fine de la complexité du monde professionnel.
Faire la part des choses au travail est indispensable. Mais, à l’inverse, refuser totalement de s’intégrer au collectif peut aussi nuire à la progression de ta carrière. Tout est une question d’équilibre, de lecture du contexte, et de maturité relationnelle.
Donc à toi de voir, mais moi je dirais que les collègues de base ne sont pas des amis mais de belles amitiés peuvent naitre sur le lieu de travail.
Georges DEFO