Je ne défendrai plus jamais une personne agressée dans les transports en commun.

Je ne défendrai plus jamais une personne agressée dans les transports en commun.

Dans une conception popularisée dans la plupart de nos sociétés, le fait de porter assistance à une personne en danger est souvent considéré comme étant un acte et un devoir citoyen. Il s’agit là d’un principe cardinal dans le fonctionnement de nos sociétés ayant pour fondement même, nos règles morales et/ou nos règles juridiques.

Cependant, une succession de petites expériences a bouleversé la perception subjective de ce principe.

L’expérience que je considère comme étant le catalyseur de cette réflexion naît d’une situation particulière après un après midi au foot avec les copains. Après des échanges très nourris avec ces derniers( à la suite d’une défaite lourde), l’envie de regagner très rapidement mon domicile me rongeait. Mon ami Georges s’était alors proposé de me rapprocher d’une station de métro.
La rame de métro dans laquelle je suis montée est plutôt bondée. Cet état de fait a généralement pour effet d’augmenter mon niveau de vigilance. J’arrive à trouver une place avec beaucoup de difficultés. En face de moi, deux jeunes sont assises. Elles discutent tranquillement et semblent prendre plaisir dans leur échange. Elles n’avait certainement pas le même niveau de vigilance que moi. Leur échange était tellement intense au point où elles n’ont pas vu un jeune plutôt ordinaire se rapprocher assez subtilement de leur place. Elles portent de très beaux bijoux et exhibent inconsciemment leurs téléphones portables.

À l’arrêt du métro dans une des stations ciblées par le jeune homme (car remplie de futurs passagers), ce dernier a réussi, juste après l’annonce du signal sonore de fermeture des portes, à se saisir de leurs bijoux et d’un des téléphones. Dans un réflexe que j’ai parfois du mal à comprendre moi-même, je me suis levé de ma place et je me suis interposé, empêchant ainsi qu’il ne puisse s’échapper.

Pris de panique, le jeune homme accepta de rendre les bijoux volés.
À ce moment précis, la plupart des gens dans le métro sont restées à l’heure place, certainement inertes à cause du caractère furtif de l’action. Cependant, j’ai relevé il trois autres réactions chez certains passagers. J’aimerais les partager avec vous car elles sont véritablement à l’origine de cette petite réflexion :
⁃ le soutien spontané d’un autre passager qui m’a aidé à maîtriser l’agresseur
⁃ la compassion d’un autre passager à l’égard de l’agresseur. Ce passager ma d’autant plus surpris en me demandant de laisser partir l’agresseur
⁃ L’indifférence des deux victimes. Elles m’ont également surpris lorsqu’elles juste demandé que je leur remette les bijoux arrachés et ont commencé à échanger avec le passager ayant compatis à la situation de l’agresseur.

À ce moment précis, je me suis posé la question de savoir pour quelle raison intervenir, d’autant plus que je me mets probablement en danger pour aider des personnes en détresse. En effet, ces situations d’intervention en faveur des personnes victimes d’agressions qui abondent dans la presse, se soldent parfois par des blessures infligées aux personnes qui se lèvent pour intervenir.

Pendant le reste de mon trajet, instinctivement, ma réponse était toute faite : je n’interviendrai plus jamais dans de telles situations.
Cependant, mon cerveau n’a cédé ni à mon instinct, ni à mon cœur. J’ai pris quelques minutes de réflexion et j’ai pensé à toutes les expériences que j’ai eues dans mon parcours. En effet, le point de départ de cet axe de réflexion est le suivant : nous sommes, pour la plupart, le fruit d’une succession de mains tendues. Que ce soit sur les plans personnel et professionnel, nos vies sont un mélange d’initiatives personnelles et de nombreuses mains tendues.
S’il faut pousser la réflexion plus loin, posons-nous la question de savoir si nous avons tout le temps été conscients des sacrifices derrière ces mains tendues ? Personnellement, je ne l’ai pas été tout le temps.

Nous prenons certainement des risques énormes en aidant des personnes, qu’elles soient réellement conscientes ou non de la portée d’un tel acte. Au fond, ce point est-il vraiment important ? Probablement non car, l’élément crucial à garder en tête c’est le fait de se dire ceci : la main tendue aujourd’hui est certainement celle qui s’accrochera une autre demain.

En m’appuyant entres autres sur cette petite maxime, je ne resterai jamais silencieux devant une agression et je tendrai toujours la main aux personnes en détresse (quand cela est possible, évidemment)…

Et vous, que pensez-vous de cette position de principe ?

Charlie NDZIE