La honte de demander de l’aide

La honte de demander de l’aide

Il y a une réalité que beaucoup de gens connaissent intimement, mais dont on parle très peu : la honte de demander de l’aide.

Pas parce qu’on ne sait pas qu’elle existe. Mais parce qu’admettre qu’on en a besoin, c’est déjà franchir une première barrière.

On aime souvent résumer ce refus à de l’orgueil ou à de la fierté mal placée. En réalité, la honte de demander de l’aide est rarement une posture. C’est le résultat d’expériences bien concrètes. Beaucoup ont appris très tôt que demander, c’est s’exposer. À un refus. À une humiliation. À un rappel constant de ce que l’autre a fait pour toi. Alors on développe une stratégie : tenir seul. Encaisser. Se débrouiller. Même quand ça fait mal. J’avoue que pour ma part, le refus de demander de l’aide est étroitement lié à la crainte de la dette due à des mauvaises personnes.

Le paradoxe, c’est que ceux qui auraient le plus besoin d’aide sont souvent ceux qui demandent le moins. Ceux qui ont déjà trop donné. Ceux qui ont longtemps été le pilier. Ceux pour qui l’idée même de tendre la main ressemble à un effondrement intérieur. Ils préfèrent disparaître un moment, s’isoler, ralentir, plutôt que d’admettre qu’ils n’y arrivent plus seuls. Ah ma chère maman, pour qui demander c’est comme un aveu d’échec alors qu’elle a tant travaillé et mériterait de demander tout le temps. 

Et pourtant, refuser toute aide finit par coûter cher. À force de tout porter, on s’épuise. À force de ne rien dire, on s’enferme. Ce qui était au départ une stratégie de survie devient une prison silencieuse. On ne demande pas parce qu’on a peur… mais on finit par payer cette peur en solitude.

À ce stade, une question mérite d’être posée, et elle dérange autant ceux qui demandent que ceux qui donnent : savons-nous vraiment aider ? Savons-nous aider sans humilier, sans rappeler, sans exiger en retour une loyauté éternelle ? Car si demander de l’aide est difficile, c’est aussi parce que l’aide est parfois mal donnée.

Avec le temps, j’ai compris que le vrai courage ne consiste pas toujours à tenir seul. Il consiste parfois à choisir à qui l’on confie sa fragilité. À accepter que l’autonomie absolue est un mythe, surtout dès lors qu’on aime, qu’on construit, qu’on vit en société.

On ne devrait pas avoir honte de demander de l’aide.

Mais on devrait être exigeants sur la manière dont elle est donnée.

Et peut-être aussi apprendre, collectivement, à faire en sorte que tendre la main ne soit plus vécu comme une dette… mais comme un passage.

Georges DEFO

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