La liberté sans permission
Dave Chappelle dans son dernier spectacle a dit :
« Avoir de la liberté, c’est une chose. Ne pas en avoir, ça en est une autre. Mais le plus troublant, c’est quand on utilise une liberté qu’on n’a pas. »
À première vue, ça ressemble à une punchline de stand-up. En réalité, c’est une vérité brutale.
Parce qu’il y a des gens officiellement libres… mais mentalement enchaînés. Libres de s’exprimer, mais qui répètent ce qu’ils ont entendu. Libres de choisir, mais qui suivent la foule. Libres de partir, mais qui n’osent jamais bouger.
Et puis il y a ceux qui n’ont, en théorie, aucune liberté. Pas les bons papiers. Pas la bonne origine. Pas les bons réseaux. Et pourtant, ce sont eux qui osent. Qui parlent quand on leur a appris à se taire. Qui entreprennent quand on leur a expliqué que “ce n’était pas pour eux”. Qui rêvent grand alors que tout leur disait de rester à leur place. Dave Chappelle lui même en est l’exemple, deux ans auparavant on a essayé de le cancel pour ses sketches. Mais ça ne l’a pas empêché de continuer à faire ce pour quoi il est si doué.
Utiliser une liberté qu’on n’a pas, ce n’est pas de l’inconscience. C’est un acte de foi. C’est refuser que le cadre qu’on t’impose devienne la limite de ton esprit.
Beaucoup de grandes avancées sont nées comme ça. Des gens à qui on disait “tu ne peux pas”, mais qui ont agi comme si la permission n’était pas nécessaire. Ils n’étaient pas toujours légaux. Pas toujours légitimes. Mais ils étaient profondément libres à l’intérieur. Combien de fois on a dit à Samuel Eto’o qu’il ne faisait pas partie des meilleurs joueurs en Europe, mais ça ne l’a pas empêché d’empiler des trophées et d’être décisif tout au long de sa carrière?
Et au fond, c’est peut-être ça le vrai danger pour les systèmes : pas ceux qui réclament la liberté, mais ceux qui l’utilisent avant qu’on la leur accorde. Parce qu’une fois que tu as goûté à cette liberté-là, plus personne ne peut vraiment te remettre en cage.
Et toi, t'es tu déjà demandé si tu es libre ?
Georges DEFO