L’attention, ce luxe qu’on ne sait plus offrir

L’attention, ce luxe qu’on ne sait plus offrir

La semaine dernière au boulot, entre midi et deux, j’utilisais de la pire des façons ce que Ronel appelle « la bibliothèque collective de savoir » : Internet. Plus précisément, je perdais mon temps sur Instagram à enchaîner des reels qui me faisaient rire les uns après les autres.

Il y en a surtout beaucoup qui mettent en scène ces situations qu’on vit quand on est un homme en couple. Les copines ou épouses excédées parce que le conjoint rechigne aux tâches ménagères, le conjoint qui n’écoute que d’une oreille les récits de la journée de sa compagne, et toute une série de scènes du même genre. Ce jour-là, l’une d’elles m’a particulièrement marqué : on y voyait un mari en train de jouer à la console, et dès que sa femme rentre du boulot, avant même qu’elle n’enlève ses chaussures, il est déjà tout excité, prêt à écouter avec passion tous les potins de sa journée.

J’ai montré la vidéo à un collègue, et on s’est amusés à dire que si on se comportait ainsi, nos compagnes respectives seraient sûrement aux anges.

Et puis, en y repensant, je me suis rendu compte que derrière l’humour, il y avait quelque chose de beaucoup plus sérieux.

Aujourd’hui, que ce soit en amour ou en amitié, beaucoup d’entre nous ont de plus en plus de mal à donner de leur attention. La vraie. Celle qui ne regarde pas l’heure. Celle qui ne prépare pas déjà la réponse pendant que l’autre parle. Je pense que notre mode de consommation de contenu y est pour beaucoup. On vit à l’ère des formats express : reels, shorts, vidéos de quelques secondes qui prétendent résumer un sujet entier. Dès que ça devient un peu long, un peu dense, un peu humain… on soupire et on se dit : « flemme ». Et on zappe.

Alors forcément, se poser et écouter sa compagne raconter sa journée devrait être quelque chose de simple, presque naturel. Et pourtant, ça devient un effort. Parfois même une corvée. Ce n’est pas pour rien que, lorsqu’on demande à beaucoup de femmes quelle est la qualité première qu’elles attendent chez un partenaire, l’écoute revient systématiquement. Pas une écoute distraite. Une écoute qui rassure, qui ne minimise pas, qui ne cherche pas à régler le problème en deux phrases, mais qui accueille.

D’ailleurs, Dale Carnegie disait que la meilleure façon de se faire des amis n’était pas de parler de soi, mais de s’intéresser sincèrement aux autres. Pas faire semblant. Pas hocher la tête en attendant son tour. Mais écouter vraiment. Dieu seul sait à quel point pour quelqu’un de bavard comme moi, cette envie de rebondir ou de reprendre la parole peut parfois frôler la frénésie et c’est là donc qu’il faut que je travaille. C’est bien de dire que je veux devenir une meilleure version de moi même, voilà donc un réel axe d’amélioration qui pourrait avoir un réel impact.

Et quand on y pense, que ce soit en amour ou en amitié, ce principe n’a jamais cessé d’être vrai. La seule différence aujourd’hui, c’est que l’attention est devenue une ressource rare. Et ce qui est rare… devient précieux.

Peut-être que l’homme idéal n’est pas celui qui fait de grands discours ou de grandes promesses, mais simplement celui qui sait poser son téléphone, se taire, et écouter jusqu’au bout.

Et toi? Si tu devais passer le bac et la seule matière était l'écoute, l'aurais-tu la main levée ou ton échec serait cuisant?

Georges DEFO