Le mythe du “tout ira bien”
« Tout ira bien. »
On l’a tous dit. On l’a tous entendu. À un ami inquiet, à un proche en difficulté, parfois même à soi-même. C’est une phrase courte, rassurante, presque automatique. Elle a le mérite de calmer, de suspendre l’angoisse quelques instants. Mais à force d’y réfléchir, je me demande si elle ne fait pas parfois plus de mal que de bien.
Le “tout ira bien” est rarement prononcé par méchanceté. Bien au contraire. Il naît souvent d’une incapacité à affronter l’inconfort de la situation. On ne sait pas quoi dire, quoi proposer, quoi faire. Alors on pose cette phrase comme un pansement émotionnel. Elle soulage celui qui la prononce, parce qu’elle donne l’impression d’avoir aidé. Mais elle laisse souvent celui qui la reçoit seul face à ses problèmes.
Le mythe commence quand cette phrase remplace l’action. Quand elle sert à éviter une discussion difficile, à repousser une décision, à ignorer un signal d’alerte. “Tout ira bien” devient alors une manière élégante de ne pas se préparer, de ne pas anticiper, de ne pas prendre ses responsabilités. Ce n’est plus de l’espoir, c’est du déni.
On le voit dans les projets qu’on ne structure pas, dans les relations qu’on ne soigne pas, dans la santé qu’on néglige, dans les finances qu’on laisse dériver. On se rassure en espérant que les choses s’arrangeront d’elles-mêmes, alors qu’au fond, on sait très bien que sans ajustement, rien ne change vraiment.
Avec le temps, j’ai compris que le vrai optimisme n’est pas de croire que tout ira bien. Le vrai optimisme, c’est d’accepter que tout n’ira pas forcément bien… et de s’y préparer. C’est regarder les difficultés en face, sans panique, mais sans mensonge non plus.
Espérer, ce n’est pas fermer les yeux.
Espérer, c’est agir pour que demain aille mieux qu’aujourd’hui. Parce qu’en fin de compte, la magie n’opère que dans les films. Et dans la vraie vie ce sont même les petits efforts qui font changer les grosses situations.
Georges DEFO