Les gens te testent plus qu’ils ne te le disent

Les gens te testent plus qu’ils ne te le disent

Les gens ne dépassent pas tes limites d’un coup, ils commencent par regarder si tu en as ou par voir ce que tu vas laisser passer.

Tu as sûrement déjà vécu cette scène : un ami proche te présente à une nouvelle personne. Comme toi et ton ami rigolez facilement ensemble, la troisième personne prend rapidement ses aises et se permet parfois des blagues déplacées, comme si vous aviez élevé les cochons ensemble.

Autre scène, plus discrète mais tout aussi étrange : un agent d’accueil vouvoie tout le monde, puis arrive à toi… et se met à te tutoyer.

Je te vois déjà me dire, un peu comme Aurélien Tchouaméni à Samuel Eto’o :
“Oh Georges, tu abuses.”

Et je te l’accorde. Mais pour moi, ce n’est pas anodin. Peut-être même que la personne en face n’en a pas pleinement conscience. Mais elle te teste.

Elle regarde si ça passe. Si tu vas rire. Si tu vas laisser couler. Si tu tiens assez à être accepté pour ne rien dire. Et si tu la recadres, au fond, elle ne l’aura pas volé.

Il faut cependant savoir que tout le monde ne teste pas de la même manière. Certains le font consciemment. Ils veulent voir jusqu’où ils peuvent aller avec toi, ce que tu vas laisser passer, à partir de quel moment tu vas réagir. D’autres le font presque instinctivement, sans plan précis, simplement parce qu’en face ils sentent soit de l’assurance, soit au contraire une envie trop forte d’être accepté. Beaucoup, au fond, cherchent juste à comprendre à qui ils ont affaire. Quel est ton niveau d’assurance ? Est-ce que tu sais poser un cadre ? Est-ce que tu es clair sur ce que tu acceptes ou non ? Parce qu’une gentillesse sans contours peut vite être prise pour une permission.

Et c’est là que le piège commence.

Vouloir à tout prix garder l’étiquette de “gentil”, c’est bien un moment. Mais à un moment donné, il faut savoir poser des limites. Tu me diras que c’est évident. Moi, je te dirai que non. C’est même très difficile.

Éviter les conflits.
Éviter les malaises.
Éviter de déplaire.

C’est souvent cela qui fait qu’on dit de quelqu’un qu’il est gentil. Mais parfois, cette gentillesse n’est pas choisie. Elle est subie. Et c’est là que ça devient dangereux. Parce que ce genre de situation finit rarement bien :
soit par une bombe qui explose après trop de silence,
soit par une personne qui s’éteint lentement à force d’avoir tout laissé passer.

Bien sûr, tout n’est pas tout noir ou tout blanc. Et c’est même assez drôle que ce soit moi qui écrive ce texte. Parce que j’ai déjà occupé les deux positions. J’ai déjà été celui qu’on teste. Mais je suis plus souvent celui qui teste. Et à chaque fois que je l’ai fait, ce n’était pas forcément avec de mauvaises intentions.

Parfois, c’était simplement pour briser la glace. Pour mettre la personne à l’aise.
Pour l’aider à rentrer plus vite dans l’ambiance du groupe. Et d’autres fois, c’était au contraire une forme d’affection un peu maladroite. Parce que oui, comme on dit souvent, “qui aime bien châtie bien”.

Le problème, ce n’est donc pas toujours le test en lui-même. Le vrai sujet, c’est de savoir s’il respecte encore la personne en face… ou s’il commence déjà à grignoter sa dignité.

Les limites s’enseignent.
Et il est important de le faire dès que quelque chose nous dérange, ou même quand on voit un proche incapable de le faire pour lui-même. Oui, cela créera sans doute une petite gêne sur le moment. Mais cette gêne-là vaut souvent bien mieux que des mois de frustration, de non-dits ou de rancœur. Poser une limite tôt, c’est parfois perdre cinq minutes de confort pour gagner des années de relations plus saines.

Georges DEFO