Les noirs ne connaissent pas la dépression.
Il y a quelques années en arrière, beaucoup de choses dans ma vie se passaient bien. Je débutais une carrière dans l’IT et, pour une fois, je goûtais au sentiment d’être à l’abri du besoin. L’une de mes sœurs m’avait rejoint en France pour continuer ses études et je venais de rencontrer ma copine. Franchement, tout allait bien.
Et pourtant, pour une raison que j’ignore encore aujourd’hui, j’avais horreur de me retrouver seul. Comme si j’évitais à tout prix d’être face à mes pensées. C’était un étrange cocktail : des pics de joie suivis de grosses chutes de moral, une fatigue persistante et souvent cette envie de ne rien faire, à part rester devant la télévision.
Pour quelqu’un qui s’est un peu documenté sur le sujet, ce sont là quelques symptômes qui peuvent s’apparenter à une dépression. Aussi tordu que cela puisse paraître, certains de mes proches, à cette époque, avaient peur d’aborder ce sujet avec moi. J’étais très critique sur ce qu’est la dépression. Non seulement je ne comprenais pas ce que c’était réellement, mais je m’appuyais surtout sur la façon dont nous avons grandi : il n’y avait pas de place pour la faiblesse. Et la dépression, à l’époque, j’aurais pu dire que c’était pour les faibles.
Je suis bien content de ne plus partager cette vision des choses.
J’ai mûri. Et ce cheminement met encore une fois en exergue des « problèmes » que l’on ne s’autorise parfois pas à avoir en Afrique, sous prétexte que la vie y est déjà assez difficile comme ça.
Ce n’est qu’en arrivant ici, en Europe, que j’ai découvert à quel point il est courant de se faire accompagner par des spécialistes. Même des personnes que je considérais comme très structurées. J’ai appris avec le temps que, parfois, une personne « normale » n’est rien d’autre qu’une personne pleine de traumas… qui a eu le courage de se faire accompagner.
Combien d’entre nous savent réellement ce qu’est le post-partum ?
Combien d’entre nous sont capables de déceler que notre petite sœur ou notre petit frère traîne un poids invisible qui, inexorablement, l’empêchera de déployer son plein potentiel ?
Au lieu de considérer la santé mentale comme un bonus, je pense que nous devrions la placer au minimum au même niveau que la santé physique. Personnellement, je l’ai compris quand, à chaque fois que je passais près du vide, une phrase revenait en boucle :
« Si tu le fais, au moins tout s’arrête, et tu n’as plus besoin de te prendre la tête. »
Heureusement, tout cela est derrière moi aujourd’hui.
Mais je pense à tous ceux qui n’osent pas demander de l’aide à cause des préjugés, du regard des autres, ou de ce qu’on leur a appris à encaisser en silence.
Si tu me lis et que tu te reconnais dans ces lignes, n’hésite pas à demander de l’aide. Ce n’est ni une faiblesse, ni un échec. C’est parfois le premier vrai acte de courage.
Georges DEFO