L’homme qui n’a pas raté sa mission de père
J’ai deux amis de longue date, Fabrice et Yvan. Ce sont des frères inséparables : si tu vois l’un, l’autre n’est jamais loin.
J’ai connu Yvan après Fabrice, lorsqu’il est arrivé à Lyon pour ses études. C’est Fabrice qui me l’a « confié ». Depuis ce jour, j’ai toujours considéré Yvan avec les mêmes égards que j’avais pour Fabrice. Tu me diras : c’est normal, l’un est le petit frère de l’autre.
Mais en réalité, ce ne sont même pas des frères. Ce sont des cousins.
Et pourtant, comme souvent en Afrique, ils ont grandi ensemble, dans la même maison, et ont fini par oublier eux-mêmes qu’ils n’étaient « que » cousins.
Je t’en parle aujourd’hui parce que le malheur a frappé leur famille.
Nous étions réunis pour une messe de recueillement, pour accompagner l’âme de leur défunt papa.
Un grand homme.
C’est grâce à lui que mes deux amis ont grandi dans un cadre aussi sain.
C’était ce genre de père qui ne faisait pas de différence entre les enfants.
Tous les enfants de la maison — biologiques ou non — étaient logés à la même enseigne.
Au point où un étranger n’aurait jamais pu dire qui était « l’enfant de la maison » et qui ne l’était pas.
À ses yeux, ils l’étaient tous.
Les témoignages de ses enfants m’ont presque arraché une larme.
Mais j’ai préféré me concentrer sur les leçons à tirer de son existence.
Il vivait pour transmettre : la morale, le goût du travail, l’abnégation et surtout l’amour fraternel.
J’ai moi-même prononcé une prière à son égard.
J’y disais que son éducation était une réussite.
Car ses enfants sont devenus des hommes intègres, fiables, humbles et respectueux.
Des valeurs qui ne s’inventent pas : elles s’inculquent, et souvent à coups de répétition, de patience et d’exemple.
Je l’ai remercié.
Et je lui ai dit qu’il pouvait partir tranquille.
Car à la postérité, il laissait quelque chose d’inestimable.
Ce moment faisait écho à de nombreux textes que j’ai déjà écrits ici, sur l’importance de transmettre de vraies valeurs à nos enfants.
Pas juste une éducation scolaire, mais une éducation de l’âme.
Un héritage moral.
Parce qu’un homme peut construire des maisons, gagner beaucoup d’argent, voyager dans le monde entier…
Mais s’il échoue à transmettre l’essentiel à ses enfants, que restera-t-il de lui ?
Ne soyons pas ces parents qui sèment la discorde entre leurs enfants.
Qui favorisent celui qui a le plus d’argent.
Qui vivent égoïstement, sans penser à l’après.
Memento mori, oui… mais dans le bon sens.
Puisque tu vas mourir, demande-toi : que deviendra ton héritage ?
Que retiendra-t-on de toi ?
Papa Sylvestre l’avait compris.
Et je crois qu’il fait partie de ces rares personnes dont l’histoire retiendra le nom.
Et toi…
Sauras-tu faire ce qu’il faut ?
Georges DEFO