Pourquoi certains amis disparaissent quand tu vas mieux
Il y a un moment particulier dans la vie où l’on se rend compte que certains amis ne sont plus là. Pas après une dispute. Pas après un conflit clair. Simplement… ils se sont éloignés. Et souvent, ce moment coïncide avec une période où, objectivement, tout va un peu mieux pour toi.
La première tentation est de chercher une explication simple : la jalousie, la méchanceté, la fausseté. Mais avec le recul, je pense que la réalité est plus subtile. Les gens ne disparaissent pas toujours par méchanceté. Ils disparaissent souvent par inconfort.
Quand tu vas mieux, tu deviens un miroir. Pas un miroir de ce que les autres veulent être, mais parfois de ce qu’ils n’ont pas fait. Tes choix, tes progrès, ton apaisement peuvent réveiller chez certains des questions qu’ils préféraient laisser dormir. Face à ce malaise silencieux, la distance devient une solution. Pas forcément consciente, mais efficace. Parfois, c’est simplement que ta réalité et tes possibilités ne sont plus alignées avec les leurs. Ils ne peuvent pas, ou ne veulent pas, suivre ton nouveau rythme.
Il y a aussi le changement de dynamique. Beaucoup d’amitiés se construisent sur un terrain commun : la galère partagée, les mêmes plaintes, les mêmes frustrations. On se comprend parce qu’on traverse la même chose. Mais quand l’un avance, même légèrement, le contrat implicite se brise. L’amitié n’était pas fondée sur une évolution conjointe, mais sur une situation donnée. Et cette situation n’existe plus.
Si tu regardes bien, ici en Europe, on a tous ces amis avec qui, le vendredi ou le samedi soir, on s’assoit autour d’une ou deux bières pour expliquer à quel point le pays a tué nos rêves. Pourtant, ça fait en moyenne dix ans que chacun d’entre nous vit ici… et bizarrement, nos situations ne sont pas non plus des plus reluisantes.
Enfin, il y a la peur de ne plus être à la hauteur. Quand tu vas mieux, certains ont l’impression de ne plus savoir quoi t’apporter. Ils craignent d’être perçus comme en retard, inutiles ou dépendants. Là encore, la distance n’est pas une attaque. C’est une protection. Se retirer permet d’éviter la comparaison, le sentiment d’insuffisance ou la peur d’être jugé. Je te parlais plus haut de l’aspect financier : tout le monde n’est pas à l’aise avec le fait d’être aidé par celui avec qui il partageait hier encore un bout de pain ou un kebab.
Mais à ce stade, une question mérite d’être posée, et elle n’est pas confortable : est-ce que nous restons exactement les mêmes quand nous allons mieux ? Est-ce que nous laissons encore de la place aux autres ? Est-ce que nous continuons à écouter, ou parlons-nous surtout de ce qui nous arrive ? Parfois, sans le vouloir, on change de rythme, de langage, de priorités. Et certains ne savent plus comment se positionner. Ne devenons-nous pas, à notre tour, ce nouveau riche tyran qui devient le centre du monde pour ses proches ?
Avec le temps, j’ai compris que toutes les amitiés ne sont pas censées durer indéfiniment. Certaines existent pour un chapitre précis. Elles remplissent parfaitement leur rôle à un moment donné, puis atteignent leur limite naturelle. Ce n’est ni un échec, ni une trahison. C’est une évolution.
Alors non, tous ceux qui disparaissent ne sont pas de « faux amis ». Et tous ceux qui restent ne sont pas forcément les plus fidèles. Parfois, l’amitié ne meurt pas. Elle arrive simplement au bout de ce qu’elle pouvait contenir.
Et accepter cela, sans rancœur ni supériorité, est peut-être aussi un signe que l’on a réellement grandi.
Et finalement, c’est aussi à nous, si nous voulons garder certaines amitiés, de faire l’effort d’embarquer l’autre… et de lui laisser la possibilité d’évoluer à nos côtés.
Georges DEFO