Pourquoi je commence tout… et je termine presque rien

Pourquoi je commence tout… et je termine presque rien

Je commence beaucoup de choses. Trop, peut-être.

Des idées, j’en ai tout le temps. Des concepts, des projets, des pistes. Certains me paraissent évidents, presque urgents. Je les lance avec énergie, conviction, parfois même avec passion. Et puis… je passe à autre chose. Sans vraiment terminer. Sans toujours assumer l’abandon non plus.

En psychologie, on appelle ça le syndrome de l’objet brillant. Cette tendance à être attiré par la nouveauté, par ce qui scintille, par l’idée suivante qui semble toujours plus prometteuse que celle en cours. Le problème, ce n’est pas le manque d’idées. C’est l’excès. Le cerveau adore le début : l’excitation, la dopamine, l’impression de mouvement. Il aime beaucoup moins la phase ingrate : la répétition, l’ennui, les ajustements, la lenteur.

Philosophiquement, Aristote faisait déjà la distinction entre ce qui est en puissance et ce qui est en acte. Beaucoup de vies sont riches de potentiel. Peu sont riches d’achèvements. Passer de l’idée à l’acte demande autre chose que de l’intelligence ou de la créativité : cela demande de l’endurance. Rester motiver quand personne ne regarde et qu’on n’a pas envie de faire le boulot ingrat.

Je me reconnais là-dedans. Je foisonne d’idées. Je les démarre. Mais trop rarement, je vais au bout. Non pas par incapacité, mais par dispersion. Comme si mon énergie se fragmentait à chaque nouvelle intuition. Comme si terminer était moins valorisant que commencer. Parfois c’est juste le fait de passer un jour sans faire ce que je devais faire, ensuite un second jour, puis un suivant, jusqu’à ce que j’en vient même à oublier que j’avais un projet en cours.

Pourtant, avec le temps, je comprends une chose : ce ne sont pas les idées qui transforment une trajectoire, ce sont les projets terminés. Même imparfaits. Même modestes. Terminés. C’est pour ça que quand j’ai mis en ligne l’application pour aider les citoyens camerounais à retrouver leur centre d’enregistrement sur les listes électorales, j’ai eu une satisfaction indescriptible bien que ce n’était que la première étape d’un projet plus global.

Alors pour 2026, j’ai décidé de changer d’approche. Pas en cherchant moins d’idées, ce serait vain, mais en mettant des garde-fous.

D’abord, limiter volontairement le nombre de projets actifs. Pas plus de deux ou trois en même temps. Tout le reste va sur une liste d’attente. Si une idée est vraiment bonne, elle survivra au temps.

Ensuite, définir le “bout” avant même de commencer. Qu’est-ce que “terminer” signifie concrètement ? Un livrable, une date, une version imparfaite mais finie. Sans cette définition, le projet reste flou… et donc abandonnable.

Enfin, accepter que l’ennui fait partie du processus. Ne plus le voir comme un signal d’échec, mais comme une étape normale. Si tout devient ennuyeux avant d’être achevé, alors l’ennui est peut-être le prix à payer pour construire quelque chose de solide.

Je ne veux plus être celui qui a toujours de bonnes idées. Je veux être celui qui en mène quelques-unes jusqu’au bout. Je sais que certains qui me liront ne seront pas surpris par ce texte car elles me l’ont déjà dit à multiples reprises. 

Et toi comment tu gères ce genre de situation ?

Georges DEFO