Pourquoi la plupart des projets collectifs meurent sans conflit

Pourquoi la plupart des projets collectifs meurent sans conflit

Quand j’ai commencé à écrire et publier mes textes, je me suis beaucoup appuyé sur mes lectures pour produire du contenu. Et plusieurs de mes contacts m’ont demandé a tour de rôle de leur proposer quelques livres que j’avais aimé lire. La raison que plusieurs d’entre eux m’avaient avancé était le fait de commencer mais ne jamais aller au bout. J’ai d’abord proposé ma liste à chacun d’entre eux, et finalement m’est venue l’idée de créer un groupe de lecture. 

Dès le début, nous avons eu un groupe de 7 personnes et le principe était simple, de façon collégiale, nous votions sur le livre qui allait être lu. Chacun proposait un ouvrage et le livrage ayant reçu le meilleur suffrage remporte le droit d’être lu par le groupe. Une fois que tout le monde avait acheté son livre, nous avons pu débuter et 5 semaines plus tard, notre premier livre était fini. À savoir que de façon hebdomadaire, nous nous retrouvions en visioconférence et chacun expliquait comment il avait perçu la partie qui avait été demandée d’être lue. Et c’était fascinant de voir comment pour le même texte, chaque cerveau peut percevoir les choses différemment.

Hélas, le groupe n’a pas tenu dans la durée. Et avec un peu de recul, je peux aujourd’hui identifier plusieurs endroits où j’ai fauté. Le premier, c’est d’avoir cru que la motivation initiale suffirait. Les débuts étaient portés par l’enthousiasme, la nouveauté, le plaisir de faire partie de quelque chose. Mais la motivation est une énergie volatile. Elle ne remplace ni la discipline, ni un cadre solide. Je l’ai appris à mes dépens.

La deuxième erreur, plus subtile, c’est d’avoir sous-estimé la charge mentale que représente un engagement collectif. Lire chaque semaine, être présent aux visios, formuler une réflexion construite… tout cela demande du temps et de l’espace mental. Or, chacun venait avec ses contraintes personnelles, professionnelles, familiales. Le groupe reposait sur une exigence implicite que tout le monde n’était pas prêt ou capable de tenir sur la durée.

Enfin, et c’est sans doute le point le plus important : j’ai confondu envie et priorité. Beaucoup voulaient lire. Peu avaient fait de la lecture une priorité non négociable. Et ce n’est pas un reproche. C’est un constat. Dans un monde saturé de sollicitations, ce qui n’est pas sanctuarisé finit toujours par passer après le reste.

Ce groupe m’a appris une chose essentielle : les projets collectifs ne meurent pas forcément par manque de bonne volonté, mais par absence d’alignement réel. C’est d’ailleurs pour ça que je comprends mieux ce que ressent Ronel quand il a trouvé ce partenaire en affaire qu‘est Flavien, ce genre de personne avec qui tu sais que même quand tu auras des baisses de régime, c’est lui qui t’encouragera à ne pas baisser les bras et vice versa. Et finalement, plus que le projet lui même, le choix des personnes qui nous accompagnent est primordial, parfois ce choix nous laisse comprendre que l’activité en elle même pourrait être partagée ponctuellement, mais portée individuellement.

Et toi, combien de projets bien intentionnés as-tu laissés s’éteindre non par manque d’envie, mais par manque de structure ?

Georges DEFO