Quand 2 versions d’une même histoire s’affrontent.🎭

Quand 2 versions d’une même histoire s’affrontent.🎭

Deux personnes se donnent rendez-vous à 14h00. C’est tiré d’une histoire vraie 😁.

La première arrive sur le lieu du rendez-vous à 13h50. Elle attend patiemment jusqu’à 14h15. Ne voyant pas son ami arriver, elle décide de faire un petit crochet dans un magasin à proximité pour acheter un snack, histoire de patienter autrement. Le problème, c’est qu’au moment de passer à la caisse, elle prend du retard. Quinze minutes de plus que prévu.

Lorsqu’elle sort enfin du magasin, un peu pressée, son téléphone capte de nouveau le réseau. Elle reçoit alors une notification : un appel manqué.

De son côté, la seconde personne arrive sur les lieux à 14h20. Elle appelle la première, n’obtient pas de réponse et attend cinq minutes dans le froid. Agacée, elle finit par partir, convaincue qu’on lui a manqué de respect.

À première vue, on pourrait se dire : pas de chance. Les deux personnes s’expliquent, comprennent le concours de circonstances et reprogramment.

Mais ce n’est pas ce qui se passe.

La seconde personne, pourtant arrivée en retard, se fâche. Elle reproche à l’autre de ne pas avoir été joignable et estime que ces cinq minutes d’attente sont la preuve d’un manque de considération. Ce qu’elle ne fait pas, en revanche, c’est s’inquiéter. À aucun moment elle ne se demande si quelque chose est arrivé à son rendez-vous. Elle part directement du principe qu’on l’a ignorée volontairement. Plus ironique encore : celle qui se plaint d’avoir poireauté cinq minutes a, sans s’en rendre compte, fait attendre l’autre bien plus longtemps. Mais dans son récit, ce détail disparaît. Il n’existe plus.

Et c’est souvent là que tout se joue. Pour une même histoire, selon la personne que l’on écoute, la réalité devient radicalement différente. L’un raconte l’attente patiente, l’effort, le concours de circonstances. L’autre raconte l’irrespect, le froid, l’absence de réponse. Deux récits sincères. Deux perceptions diamétralement opposées.

C’est pour ça qu’il est presque toujours sain d’essayer de se mettre, ne serait-ce qu’un instant, dans les chaussures de l’autre. De suspendre le jugement. De chercher le contexte avant d’interpréter l’intention.

D’ailleurs petit clin d’œil, au passage, aux familles restées en Afrique qui pensent parfois que l’argent pousse sur les arbres une fois qu’on a mis un pied en Occident. Et aux mbenguistes qui, à l’inverse, finissent par regarder tous ceux restés au pays comme des mendiants. Même histoire, deux points de vue. Et au milieu, une réalité bien plus nuancée que les récits qu’on se raconte.

Comme souvent, ce n’est pas la situation qui divise, mais la manière dont chacun la vit… et surtout la manière dont chacun la raconte.

Georges DEFO