Quand une certitude détruit plus qu’un mensonge
J’aime les stand-up. Je peux passer des heures à en regarder sur Netflix. Pas de quoi être fier, je te l’avoue, mais tout dépend du type de spectacle.
Il y a ceux où l’artiste enchaîne blague après blague : tu rigoles non-stop, tu passes un bon moment, et ça s’arrête là.
Et puis il y a les spectacles où l’humoriste utilise la scène comme une tribune. Il fait rire, oui, mais surtout, il livre un message, il mène un combat, et tu ressors avec quelque chose en tête.
Et enfin, il y a ceux qui font les deux. Dave Chappelle est de cette catégorie. C’est pour ça qu’à mes yeux, il est le GOAT.
Lors de son dernier spectacle, au moment de la fermeture, il a adressé un message au public. Un message de paix, mais surtout un conseil en or.
Il expliquait que tous ceux qui ont l’impression de vivre dans une sorte de conspiration permanente — lui compris — ne sont pas forcément à côté de la plaque. Ils peuvent même avoir raison.
Mais penser être victime d’une conspiration est une chose. Affirmer publiquement en avoir la preuve en est une autre.
Quand on aborde ce genre de sujets, le choix des mots est crucial.
Dire « je pense que », « je crois que », « j’ai l’impression que » est très différent d’une affirmation péremptoire. Ces nuances évitent de transformer une opinion en vérité dangereuse, surtout pour ceux qui n’ont pas toujours le recul nécessaire.
J’ai adoré cette séquence. Étrangement, c’est aussi l’un des moments où il a reçu le moins d’acclamations. Non pas par désapprobation, mais parce que beaucoup n’ont pas immédiatement compris où il voulait en venir.
Avec lui, c’est toujours l’ascenseur émotionnel : une blague lourde, puis un cours d’histoire, puis une leçon profonde.
On sous-estime le nombre de personnes fragiles dans nos sociétés. Des personnes qui cherchent une voix à suivre, une opinion à adopter, faute d’en avoir construit une elles-mêmes.
À une époque où la violence augmente et où la tolérance diminue, la dernière chose dont on a besoin, ce sont des certitudes non vérifiées qui alimentent l’escalade.
Ce discours a résonné en moi parce que j’ai moi-même été victime de fausses certitudes. J’ai perdu mon meilleur ami à cause de ça.
Après nos diplômes obtenus en Roumanie, mon ami est rentré au Cameroun pour épouser sa fiancée. Je suis allé assister à son mariage, trois jours seulement, avant de repartir en France pour mes démarches administratives.
Ironie du sort : c’était la dernière fois que je voyais mon père en vie.
À mon arrivée en France, j’ai été hébergé une semaine chez la tante de mon ami. Durant tout ce séjour, je devais éviter de révéler quoi que ce soit sur le mariage, à sa demande.
Une semaine après mon départ, elle m’appelle en panique : elle a appris le mariage. Je lui confirme que je savais, mais que ce n’était pas à moi de le lui annoncer. Elle me bloque aussitôt.
Puis mon ami m’appelle. Il ne m’accuse pas directement, mais peu après, il me bloque aussi.
Dans sa tête, la logique était simple : j’étais au courant, j’étais passé par là, donc j’étais coupable.
Pendant deux ans, sa version des faits a circulé. Non pas avec des « peut-être », mais avec des certitudes.
Certaines personnes ont douté et sont venues me demander ma version. D’autres ont pris cette accusation pour une vérité absolue et m’ont attaqué verbalement, me traitant de traître.
Trois mois plus tard, la tante me recontacte. C’est finalement sa nièce qui avait vu les photos du mariage sur Facebook.
La vérité était là depuis le début, mais entre-temps, le mal avait été fait. Et le sentiment d’injustice que j’ai ressenti à ce moment est justement la raison pour laquelle le speech de Dave a résonné en moi immédiatement. Je sais à quel point ça fait mal.
Aujourd’hui, mon ami et moi avons pu nous reparler. Sa femme a beaucoup œuvré pour qu’il accepte l’hypothèse, pourtant simple, que je n’étais peut-être pas responsable.
Je lui en serai toujours reconnaissant.
Il existe tellement d’histoires similaires : accusations de sorcellerie, pactes avec le diable, complots imaginaires…
À chaque fois, celui qui accuse est convaincu. Mais sans preuve.
Alors je te pose la question :
as-tu déjà été victime de tes propres certitudes… qui n’étaient pas la réalité ?
Georges DEFO