Se moderniser sans disparaître
Au XIXᵉ siècle, le Japon comprend qu’il accuse un retard important sur les puissances occidentales.
Sa réponse aurait pu être de rejeter tout ce qui venait de l’extérieur au nom de la tradition.
Il fait presque l’inverse.
À partir de l’ère Meiji, le pays absorbe les technologies occidentales, réforme son système éducatif, développe son industrie, modernise son armée et transforme ses institutions. L’objectif est clair : rattraper l’Occident.
Mais quelque chose me fascine dans cette histoire.
Se moderniser n’a pas signifié devenir culturellement occidental.
Aujourd’hui encore, le Japon possède des trains parmi les plus modernes du monde, des industries de pointe et des villes ultratechnologiques.
Mais on y trouve toujours des temples, des sanctuaires, des kimonos, des cérémonies traditionnelles, des arts ancestraux et une architecture vieille de plusieurs siècles.
Et ce patrimoine est devenu une richesse.
En 2025, le Japon a accueilli 42,68 millions de visiteurs internationaux, un record. Son organisme national de tourisme met lui-même en avant la culture, la gastronomie, la nature et les expériences propres aux différentes régions du pays.
Cela devrait nous faire réfléchir en Afrique.
À force de vouloir paraître modernes, nous considérons parfois certaines langues, cérémonies, architectures, danses, tenues ou traditions comme appartenant au passé.
Nous appelons parfois folklore ce qui pourrait devenir demain un patrimoine extrêmement précieux.
Je ne dis évidemment pas que toutes les traditions doivent être conservées. Certaines doivent évoluer, d’autres disparaître.
Mais moderniser ne devrait pas automatiquement signifier effacer.
Construisons des métros, des autoroutes, des universités, des industries et des villes modernes.
Apprenons du reste du monde.
Mais protégeons également ce que le reste du monde ne pourra jamais reproduire : ce qui raconte qui nous sommes.
Parce qu’un jour, des millions de personnes traverseront peut-être le monde précisément pour venir découvrir ce que nous aurons eu l’intelligence de ne pas jeter.
Georges DEFO, le 20-09-2026 à Lyon