Se taire devant l’injuste ne sera jamais acceptable
Si tu me lis souvent, tu dois savoir que je suis fan de true crime et de tous ces documentaires sur les criminels. J’ai d’ailleurs déjà écrit un texte ici pour expliquer pourquoi je ne suis clairement pas le seul à être attiré par ce type de contenu (je te mets le lien ici. https://blog.georgesdefo.com/gangsters-le-mythe-la-chute-et-le-silence/).
Dans l’une des émissions que je suivais, j’ai été particulièrement dérangé par une affaire. Lors d’une agression de chauffeur de taxi qui a mal tourné, la victime a perdu la vie par arme à feu. La personne qui a appuyé sur la gâchette a été condamnée à 20 ans de prison. Son ami, qui avait simplement été présent sur les lieux, sans jamais toucher la victime, a écopé de… 30 ans.
Lors du procès, il a pourtant été prouvé qu’il n’avait pas posé la main sur la victime. Et là, comme moi, tu te demandes sûrement : comment est-ce possible ?
La réponse est simple, mais dérangeante : qui ne dit rien consent. Et surtout, on peut être tenu responsable en tant que complice, ne serait-ce que par sa présence. L’ironie dans cette histoire c’est que le tireur a plaidé coupable et notre complice, convaincu à raison ou à tort de ne pas être responsable a décidé de plaider non coupable. Finalement jugé coupable, il écopera donc de 30 ans de prison ferme.
J’ai moi-même déjà pris pour mes sœurs quand on faisait des bêtises. Pas forcément parce que j’étais toujours coupable, mais parce qu’en tant qu’aîné, je devais assumer et protéger.
Une loi comme celle-là peut choquer. Mais quand on regarde le nombre d’injustices passées et présentes dans ce monde, on comprend pourquoi elles existent.
Prenons l’exemple de pays comme le Congo, où un pillage à ciel ouvert met en danger la vie de milliers de personnes. Celui qui tire les ficelles dans l’ombre est-il moins coupable que celui qui voit, sait, et accepte des pots-de-vin ?
Si je ferme les yeux sur le détournement de matériel médical destiné à des maternités, et que des enfants meurent faute de soins, suis-je moins coupable que celui qui détourne directement ?
C’est exactement pour cette raison que, dès 1933, lorsque les premières mesures antisémites des nazis ont commencé — notamment l’interdiction faite à la population d’acheter dans des commerces tenus par des Juifs — beaucoup savaient que ce n’était pas normal. Mais pour ne pas faire de vagues, ils se sont tus. L’escalade a suivi. Et on connaît tous la suite.
Heureusement, il y a eu des exceptions, comme la grand-mère de Dietrich Bonhoeffer qui lui sera exécuté quelques années plus tard pour avoir tenté d’assassiner Hitler. Elle avait été arrêtée et intimidée à plusieurs reprises par les nazis parce qu’elle refusait d’obéir et continuait à faire ses achats où elle le souhaitait. Sa détermination a été transmise à son petit-fils.
Tout ça pour dire que, même face aux petites injustices, nous devons apprendre à dire non. Pas parce que nous sommes tous des Lumumba. Mais parce que nos petits frères, nos enfants, nous observent et prennent exemple. Et aussi parce que, parfois, cette indifférence peut nous coûter très cher… y compris devant la loi.
Moi-même, je ferme encore les yeux sur beaucoup de sujets. Je ne suis donc pas en train de te faire la morale. Mais aujourd’hui, j’aimerais juste que tu ne détournes plus le regard de ce qui est largement à ta portée.
Georges DEFO