Vu à 14:37 : ce que le silence dit vraiment de la diaspora

Vu à 14:37 : ce que le silence dit vraiment de la diaspora

Tu envoies un message à quelqu’un de la diaspora.
Salutations. Tu prends des nouvelles. Après quelques échanges…

La personne lit.

“Vu à 14:37.”

Silence.

Deux heures.
Deux jours.
Deux semaines.

Et ce silence devient plus bruyant que mille mots.

À ce moment-là, tu te demandes sûrement ce que tu as fait de mal.
Ou pire, tu tires ta conclusion : la personne te snobe.

Est-ce que je dirais que tu as forcément tort ? Non.
Mais je pense quand même que tout n’est jamais totalement blanc ou noir.

Tous ceux qui sont dans la diaspora ont, à un moment donné, été à la place du proche resté au pays.
Ils ont sûrement connu ce moment où ils en voulaient à leur correspondant à l’étranger, à qui ils reprochaient de ne pas accorder assez d’attention.

Mais force est de constater qu’aujourd’hui, lorsque les rôles sont inversés, il est fort probable qu’ils ne partagent plus la vision qui était la leur quelques années plus tôt.

Maintenant, si on essaie de se mettre à la place de quelqu’un de la diaspora, voilà généralement ce qu’il se passe :

  1. Étudiant ou travailleur : c’est le rush. Pire encore quand on vit dans une mégalopole. On n’a pas le temps.
  2. De nouveaux amis, de nouvelles connaissances vers qui cette attention se redirige naturellement.
  3. Les demandes d’aide incessantes (pas de jugement ici, juste un fait).
  4. La honte de ne pas pouvoir aider, même pour des sommes jugées “dérisoires”.
  5. La sensation que certaines relations ne reposent que sur ce que tu peux apporter.

Cette petite liste, non exhaustive, a pour but de te montrer qu’il existe mille raisons pour lesquelles ton correspondant peut mettre du temps à répondre.

Je ne cherche ni à légitimer, ni à justifier.
Je me contente d’exposer.

S’il y a bien un conseil que je donnerais à ceux que cela peut frustrer : commence par te donner de la valeur.

Quand tu t’efforces de garder le contact avec celui qui est en France, tout en ayant peu de considération pour celui qui est parti se battre au Niger, c’est souvent parce que celui de la France a plus de valeur à tes yeux.

Pourtant, si celui du Niger monte une startup qui le rend visible, influent, “important”, ton regard changera immédiatement.

Mon propos n’est pas d’encourager les relations intéressées.
Mais de rappeler comment fonctionnent, en réalité, beaucoup de relations humaines et de t’outiller pour ne plus les subir.

Je pense néanmoins que répondre quand on t’écrit est une marque de respect.
Au lieu de laisser des “vu” flotter dans l’air, mieux vaut prendre son courage à deux mains et dire la vérité.

Je suis, par nature, quelqu’un qui évite le conflit.
Mais avec le temps, j’ai appris à dire non.
À dire que je n’ai pas.
Et parfois même… à bloquer.

Parce que le silence peut être confortable.
Mais la clarté est toujours plus saine.

Georges DEFO

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