Aimes-tu vraiment l’Afrique ou seulement son image ?
On aime beaucoup l’Afrique en ce moment.
Il faut dire qu’elle est devenue belle à regarder.
Les tissus.
Les paysages.
Les couchers de soleil.
Les villages.
Les plats bien présentés.
Les vidéos de retour aux sources.
Les afrodescendants qui reviennent sur le continent avec émotion.
Les “Africa is home” en légende Instagram.
Tout cela est beau.
Et honnêtement, je comprends.
Il y a quelque chose de puissant dans cette période. Pendant longtemps, beaucoup ont grandi avec une image abîmée de l’Afrique. Une Afrique pauvre, instable, toujours racontée par les autres, souvent sous son pire angle.
Donc voir aujourd’hui des gens revenir, filmer le continent avec fierté, parler de racines, de mémoire, d’identité, de spiritualité, de terre ancestrale… ça fait du bien.
Ça répare quelque chose.
Mais parfois, je me pose une question.
Est-ce qu’on aime vraiment l’Afrique ?
Ou est-ce qu’on aime seulement l’image de l’Afrique qui nous arrange ?
Parce qu’aimer l’Afrique quand elle est belle en story Instagram, c’est facile.
L’aimer quand il y a le soya au bord de la route, les sourires, la musique, les tenues traditionnelles, les cérémonies, les retrouvailles familiales, les danses et les grandes phrases sur les ancêtres, c’est agréable.
Mais l’Afrique, ce n’est pas seulement ça.
C’est aussi les files d’attente interminables.
Les lenteurs administratives.
Les coupures de courant.
Les routes compliquées.
Les frustrations.
Les discussions familiales qui fatiguent.
Les petites incompréhensions qui finissent par devenir lourdes.
Et souvent, c’est là que notre amour devient plus fragile.
On veut l’Afrique émotionnelle.
L’Afrique esthétique.
L’Afrique nostalgique.
L’Afrique qui rassure notre identité.
Mais dès qu’elle demande de la patience, de l’engagement, de l’humilité ou même une vraie contribution, beaucoup prennent leurs distances.
On veut pouvoir dire : “Je viens de là-bas.”
Mais parfois, on ne veut pas vraiment porter ce que “là-bas” implique.
Les réseaux sociaux nous ont habitués à consommer nos racines comme du contenu.
Une tenue.
Une danse.
Un plat.
Un paysage.
Une phrase en langue maternelle.
Une vidéo de retour au village.
Tout cela est beau.
Mais une identité ne peut pas rester au niveau du décor.
Si nous venons seulement prendre des photos, chercher des émotions, récupérer un peu de fierté et repartir sans jamais rien donner en retour, alors notre amour ressemble plus à de la consommation qu’à de l’attachement.
Peut-être que le vrai amour de l’Afrique commence quand la caméra est éteinte.
Quand ce n’est plus tendance.
Quand ce n’est plus esthétique.
Quand ce n’est plus confortable.
Quand il faut comprendre, construire, transmettre, réparer.
Parce qu’aimer l’Afrique, ce n’est pas seulement aimer ce qu’elle nous fait ressentir.
C’est aussi accepter de se demander ce que nous faisons pour qu’elle devienne meilleure.
Georges DEFO, le 03-06-2026 à Lyon