Ceux qui utilisent ChatGPT en cachette
Il y a quelques mois, j’utilisais ChatGPT au boulot avec une discrétion presque comique.
L’écran était légèrement tourné.Les fenêtres se fermaient vite quand quelqu’un passait derrière moi.On aurait dit que je consultais un site interdit.
Je voulais juste reformuler un mail.Résumer un document.Trouver une idée pour débloquer une tâche.
Mais j'avais peur.
Peur que mes collègues pensent que je triche.Peur qu’on lui dise que je ne suis pas capable de réfléchir seul.Peur, surtout, d’être remplacé par l’outil que j’utilisais à longueur de journée.
Puis un jour, en brainstorming avec mon collègue, je lisais les différentes approches que j’allais utiliser pour résoudre une tâche. Il me regarda d’un air amusé et me demanda pourquoi je me prenais tant la tête au lieu de demander de l’aide à ChatGPT. J’ai d’abord réagi comme si l’idée ne m'avait pas traversé l’esprit, et ensuite je lui ai demandé s’il en faisait usage de son côté.
Tout le monde faisait pareil. Lui y compris.
Les managers préparent leurs présentations avec l’IA. Les développeurs cherchent des pistes avec l’IA. Même celui qui faisait semblant de détester ChatGPT lui demande déjà de corriger ses phrases.
Les choses ont définitivement changé.
L’IA ne remplace pas seulement certaines tâches. Elle révèle aussi notre rapport au travail.
On nous a longtemps appris que demander de l’aide était un signe de faiblesse. Au point où l’autonomie fait partie des critères d’évaluation de la performance, dans le cadre des augmentations salariales ou des suivis de mission.
Demain, le vrai retard ne sera peut-être pas d’utiliser l’IA. Ce sera de continuer à faire semblant qu’elle n’existe pas. Et avoir honte d’une compétence dont on devrait plutôt être fier.
Georges DEFO, le 22-06-2026 à Lyon