Et si notre identité finissait par devenir notre prison ?
« Tu fais quoi dans la vie ? »
À cette question, ma réponse est presque automatique :
« Je suis ingénieur logiciel. »
Et parfois, je fais encore pire :
« Je suis développeur Java/Angular. »
Mine de rien, je viens de résumer une bonne partie de mon identité professionnelle à deux technologies créées par d’autres personnes. 😂
Et pendant longtemps, je n’y ai vu aucun problème.
Puis j’ai fait la connaissance d’un frangin camerounais qui m’a beaucoup fait réfléchir.
Il travaille dans le domaine médical. Pourtant, lorsqu’il parle de lui et de son avenir, il ne semble pas particulièrement attaché à cette étiquette.
Sa philosophie est beaucoup plus simple : il fait ce qu’il voit et n’a aucun problème à s’adapter à ce qui se présente.
Au début, cette manière de penser peut donner l’impression d’un manque de direction.
Mais plus j’y réfléchis, plus je me demande si ce n’est pas exactement l’inverse.
Parce que demain, si une opportunité extraordinaire se présente à moi dans un domaine complètement différent de l’informatique, mon premier obstacle ne sera peut-être même pas mon manque de compétences.
Ce sera probablement cette petite voix qui me dira : « Mais tu es ingénieur logiciel. Qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? »
Et c’est là que notre identité peut commencer à devenir une prison.
Dans Les 48 lois du pouvoir, Robert Greene termine son livre avec une loi que je trouve particulièrement intéressante :
Loi 48 : Soyez fluide.
L’idée est assez simple. Plus nous nous attachons à une position, un métier, une méthode ou une image de nous-mêmes, plus nous devenons vulnérables au changement.
Et nous le faisons constamment.
« Moi, je suis timide. »
« Je ne suis pas commercial. »
« Je ne suis pas fait pour entreprendre. »
« Moi, je suis comme ça. »
Néanmoins, être fluide ne signifie pas vivre sans principes et changer de personnalité en fonction de la direction du vent. Nos valeurs peuvent rester profondément ancrées.
Mais nos méthodes, nos métiers, nos compétences et même certaines de nos convictions doivent pouvoir évoluer. Aujourd’hui, je suis ingénieur logiciel.
Mais ce n’est pas forcément ce que je serai dans dix ans. Java et Angular sont des outils que j’utilise aujourd’hui. Ils ne sont pas mon identité.
Alors j’essaie désormais de faire attention à toutes ces phrases qui commencent par : « Moi, je suis quelqu’un qui… »
Parce qu’à force de vouloir absolument définir qui nous sommes, nous risquons parfois de décider inconsciemment de qui nous n’aurons jamais le droit de devenir.
Alors peut-être devrions-nous apprendre à répondre différemment :
« Voilà ce que je fais aujourd’hui. Ne me demande pas encore ce que je serai demain. »
Georges DEFO, le 21-09-2026 à Lyon