La diaspora veut-elle aider l’Afrique ou lui donner des leçons ?

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La diaspora veut-elle aider l’Afrique ou lui donner des leçons ?

On peut aimer son pays tout en ayant perdu le contact avec ses réalités quotidiennes.

Et je ne dis pas ça pour accuser les autres.

Je le dis aussi pour moi.

Parce qu’avec les années passées loin du Cameroun, je me suis rendu compte que je pouvais encore aimer profondément mon pays, tout en étant parfois déconnecté de certaines réalités du terrain.

Il y a quelque temps, j’ai voulu refaire ma carte d’identité au Cameroun.

Dans ma tête, j’avais décidé de faire les choses “normalement”.

Sans appeler un contact.Sans chercher quelqu’un “à l’intérieur”.Sans passer par les raccourcis que nous critiquons souvent.

Parce qu’après tout, si on veut que le pays change, il faut bien commencer par respecter les procédures, non ?

Sauf que très vite, la réalité m’a rattrapé.

Les lenteurs.Les attentes.Les informations floues.Les gens qui avancent parce qu’ils connaissent quelqu’un.Et toi qui restes là, avec tes principes, en train de te demander si tu es courageux ou simplement naïf.

C’est là que j’ai compris quelque chose.

Depuis l’étranger, on parle souvent de changement avec beaucoup de confiance.

Mais sur place, le système ne se critique pas seulement.

Il se subit.

J’ai ressenti la même chose une autre fois, quand j’ai voulu aller à Kribi.

Dans ma tête, c’était simple.

Tu prends ton ticket.Tu montes dans le bus.Tu pars.

Sauf que le bus est parti avec quatre heures de retard.

Quatre heures.

Et pendant ces quatre heures, tu as le temps de revoir toutes tes grandes théories sur l’organisation, la ponctualité, la rigueur et le développement.

Tu as aussi le temps de comprendre que ceux qui vivent cela tous les jours n’ont pas toujours besoin qu’on leur explique que “le pays doit changer”.

Ils le savent déjà.

Ils le vivent.

C’est peut-être là que la diaspora doit apprendre un peu d’humilité.

Nous avons souvent des idées.Des compétences.Des comparaisons.Des solutions.Et parfois même de bonnes intentions.

Mais il nous arrive aussi de parler depuis le confort de la distance.

On oublie que vivre au pays, ce n’est pas seulement commenter les problèmes. C’est composer avec eux, chaque jour, sans pause.

Alors oui, la diaspora peut aider.

Elle doit même aider.

Mais peut-être qu’avant de donner des leçons, elle doit commencer par écouter davantage ceux qui sont restés.

Parce qu’aimer son pays, ce n’est pas seulement vouloir le corriger.

C’est aussi accepter de reconnaître qu’on ne le comprend plus toujours aussi bien qu’on le croit.

Et parfois, le vrai retour commence là.

Pas à l’aéroport.

Mais le jour où l’on accepte de descendre de son piédestal pour réapprendre le pays réel.

Georges DEFO, le 23-09-2026 à Lyon

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