Le silence qu’on hérite
Ici en Occident, les enfants ont des leçons sur la sexualité et la reproduction humaine.
Nous aussi, en Afrique, nous avons ces cours-là. Mais franchement, le souvenir que j’en ai, c’est que cette partie est surtout présente parce que c’est obligatoire. Les enseignants effleurent assez légèrement le sujet.
Ce qui fait donc que, quand le moment très particulier dans la vie d’un enfant où ses parents doivent lui parler de sexualité arrive, c’est toujours très délicat.
Parce que dans la réalité… ce moment n’arrive presque jamais.
Tu grandis, tu observes, et très souvent, tu apprends finalement tout(e) seul(e), sur le tas, avec tes ami(e)s.
Mais chez toi… rien.
Beaucoup de parents se fient à l’école pour gérer ça, alors que je te disais en préambule que l’école, elle aussi, considère que ça va être fait à la maison.
Si tu fais partie de la majorité, tu ne pourras pas nier : tu n’as jamais vu tes parents se tenir la main. Encore moins se faire un bisou.
Mais bizarrement… les ventres grossissent. Et les enfants apparaissent.
Pire encore, certains couples qui ne passent jamais une semaine sans se disputer ou se battre… et mystérieusement, la femme accouche back to back.
Chez moi, le sujet était inexistant.
Ni avec mon père, et encore moins avec ma mère.
Mon année de terminale, la petite sœur de ma voisine était venue y passer ses examens de fin d’année, tandis que moi je préparais mon baccalauréat.
J’étais très intéressé par elle et j’essayais tant bien que mal de la draguer.
Ma mère avait remarqué que mon comportement avait beaucoup changé et, au lieu qu’on ait cette fameuse conversation pour m’expliquer ce qu’il se passait dans ma tête, j’ai juste reçu l’équivalent d’une mesure d’éloignement.
La mater m’a formellement interdit d’entrer en contact avec la sœur de ma voisine.
“Elle avait une mauvaise influence sur moi.”
Le temps a passé.
Je suis parti à l’étranger pour continuer mes études et, environ quatre ans plus tard, je suis au téléphone avec la mater pour prendre de ses nouvelles.
Et de nulle part, elle me demande :
“Mais je dis hein, toi là, depuis que tu es parti, tu ne m’as jamais appelé pour me présenter une fille comme étant ta copine.”
J’avais 22 ans.
La question était sortie de nulle part.
Et surtout, je sentais le ton gêné de la mater.
J’avoue que moi non plus, je n’étais pas à l’aise.
On n’avait jamais eu ce genre de conversation.
Je ne me souviens plus quelle pirouette j’ai utilisée pour changer de sujet, mais toujours est-il qu’après ça, bien gré mal gré, on a commencé à parler de ces sujets-là aussi.
Mais toujours avec un peu de gêne quand même.
Dans tout ça, ce qui me chagrine le plus, c’est le fait de ne pas avoir pu en parler non plus avec mon père.
Il était quelqu’un avec qui j’avais des conversations assez calmes et je pouvais facilement m’ouvrir à lui.
Mais hélas, la seule fois où on a pu parler de femmes, c’est quand je devais me marier en Roumanie.
Et à part ça, niet.
Et surtout quand mes frères et ma mère me disent que c’était un bourreau des cœurs pendant sa jeunesse et qu’il s’y connaissait un paquet sur le sujet 🤣.
C’est bien l’une des rares choses que je n’ai pas héritées de lui.
En définitive, on a des parents qui savent très bien comment on fait les enfants… mais qui n’ont jamais trouvé les mots pour nous l’expliquer.
Alors on apprend ailleurs.
Avec les amis. Internet.
Et ces expériences tournent parfois bien… et souvent mal.
Et au final… on reproduit la même chose.
On devient adulte. On a des enfants.
Et quand il faut parler… on devient nos parents.
Comme si le silence se transmettait lui aussi.
D’ailleurs, c’est en pensant que je devrais un jour expliquer ces choses à mon fils — et que mon premier réflexe était de me dire que je laisserais Flo s’en charger — que l’idée d’écrire ce texte m’est venue.
On devrait s’apprêter à briser cette chaîne.
Georges DEFO, le 02-05-2026 à Lyon