Maisons vides, villages pleins de silence

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Maisons vides, villages pleins de silence

Dans mon village, il y a des maisons plus belles que celles de Paris.

Mais personne n’y vit.

Des villas. Des étages. Des portails imposants.

Mais derrière… le silence.

Parfois un gardien. Parfois personne.

Et pourtant, ces maisons ont coûté cher.

Très cher. Elles sont le fruit de plusieurs années de travail pour certains, de sacrifices et d’exil pour d’autres.


J’avais pu en faire le constat alors que je revenais de Bahouan où, en mai 2021, j’étais allé me recueillir pour la première fois sur la tombe de papa depuis son décès en novembre 2017. Je m’étais arrêté pour passer la nuit à Bana, dans la famille de maman.


Et au petit matin, j’avais toujours mon rituel : aller me laver les dents en regardant à l’horizon, les grandes étendues de verdure au loin, et l’air frais qui me caresse le visage… ce même air frais qui amplifie la fraîcheur dans ma bouche créée par le fluor du dentifrice. Pendant que je me lavais les dents, je pouvais admirer ces bâtisses immenses qui se frayaient un chemin dans la verdure sans trop d’encombre. Elles étaient immenses, et toutes plus imposantes les unes que les autres. Et je me voyais bien m’en faire bâtir une pareille. Mais dans ma tête, à l’époque, c’était vraiment pour y venir en vacances avec mes enfants. Comme tout bon mbenguiste, tu me diras.

Alors aujourd’hui, bien plus qu’avant où tout était clair dans ma tête, une question me dérange. Qu’est-ce qu’on construit vraiment ?

Parce qu’en réalité, on transfère de l’argent. Beaucoup d’argent. Mais on oublie de transférer le reste. Les compétences, Les systèmes, Les gens.

Résultat ?

On construit des maisons… dans des villages qui se vident.

Bahouan se vide. Douala grossit. À son tour, Douala se vide… et Paris grossit.

Les enfants partent. Les parents vieillissent. Et les maisons attendent. Elles attendent des gens… qui ne reviendront peut-être jamais.

Le paradoxe est violent. Ceux qui ont les moyens de construire… sont souvent ceux dont les enfants partent le plus loin. Alors on se retrouve avec des quartiers résidentiels… fantômes.

J’ai pu le voir en mars 2025, quand je me baladais dans le quartier Denver à Douala. Ces belles bâtisses qu’on entend se morfondre, en se rappelant des cris de joie des enfants qui y ont grandi… et qui aujourd’hui sont si loin qu’elles en arrivent à se demander si elles ont fait quelque chose de mal.

Des signes de réussite…sans vie. Et pendant ce temps, on continue. On construit encore. Toujours plus grand. Toujours plus beau.

Mais pour qui ?

Parce qu’au fond, investir, ce n’est pas seulement bâtir. C’est créer quelque chose qui vit. Quelque chose qui sert. Quelque chose qui dure.

Sinon…ce n’est pas un investissement. C’est un monument.

Un monument à une réussite…sans héritiers.

Et très souvent, c’est pour ça que quelques années après la disparition de celui qui a érigé le monument, les descendants se déchirent pour s’accaparer ce qui finalement n’a pas d’autre valeur que la valeur financière. 


🎶 Oh shame Oh 🎶


Georges DEFO le 29-04-2026 à Lyon