L’erreur qui m’a laissé sans un sou à Bucarest

Partager
L’erreur qui m’a laissé sans un sou à Bucarest

Tu sais qu’il ne faut pas manger ta semence quand les autres t’invitent à leur table pour déguster leur récolte.

Tu n’as pas besoin de moi pour te le rappeler.

Chaque personne a une histoire différente, une famille différente, des opportunités différentes. Et parfois même, un rapport complètement différent à l’argent, au risque ou à la privation.

Tu peux même te retrouver à table avec des gens comme toi, qui n’ont pas encore réellement semé, mais qui décident quand même de manger. Et là, tu as envie de faire pareil.

Sauf que toi, contrairement à eux, tu n’as pas appris à vivre frugalement. Tu supportes très mal la famine. Eux, en revanche, y sont presque immunisés.

C’est un exemple parmi tant d’autres.

Comme Dirane le disait tout à l’heure, la plus grande tare de la jeunesse camerounaise aujourd’hui est la comparaison.

Même des jeunes qui sont sur la bonne voie, à qui il suffirait simplement de continuer à travailler et d’accepter que le temps finira par leur donner ce que leur cœur désire, se mettent à imiter les autres sans savoir quels leviers ces derniers ont eus à leur disposition pour brûler autant d’étapes.

Pour la petite histoire, lorsque je suis arrivé à Bucarest, j’avais un peu d’argent que ma mère m’avait donné. À l’époque, c’était plus d’argent que je n’en avais jamais eu de toute ma vie.

Alors avec mes amis, nous vivions la vie. Restaurants. Sorties. Petits plaisirs.

Je dépensais cette petite fortune comme si, une fois terminée, une autre allait automatiquement tomber du ciel.

Et quelle ne fut pas ma détresse lorsque ce moment arriva.

Mon compte était vide. Je n’avais plus un sou.

Pendant ce temps, les autres faisaient tranquillement la queue au guichet Western Union pour récupérer leur ration mensuelle envoyée par leurs parents.

Moi, je regardais.

La leçon, je l’ai apprise dans la douleur.

Mais je l’ai bien apprise.

Beaucoup l’apprendront à leur tour.

La différence, c’est que tout le monde ne s’en sortira pas aussi bien après l’avoir apprise.

J’ai eu la chance de pouvoir me relever malgré cette erreur.

Ce ne sera pas forcément le cas de chacun.

Alors, quitte à éviter ce risque, je te le répète une dernière fois :

Ne mange pas ta semence.

Sème-la.

Attends qu’elle produise.

Et lorsque viendra le temps de la récolte, mange à ton tour.

Georges DEFO, le 29-05-2026 à Lyon

Lire la suite