« Mais ce n’est pas mon pays ? »
J’ai un ami qui a récemment décidé de rentrer s’installer au Cameroun.
Pour beaucoup de nos connaissances, c’est incompréhensible.
Certains pensent qu’il a fait une erreur. D’autres se demandent carrément s’il n’est pas devenu fou.
Parce que dans notre imaginaire collectif, lorsqu’on a réussi à s’installer en Europe, on ne rentre pas.
Ou alors, on rentre riche.
On rentre avec un projet.
On rentre après avoir « réussi ».
Mais lui n’était tout simplement pas heureux ici.
Il était endetté. Loin des siens. Et surtout, il ressentait le besoin de repartir de zéro.
Il savait parfaitement ce qu’il abandonnait : un certain confort, des infrastructures, des opportunités et cette sécurité que l’Occident peut offrir.
Mais il savait aussi ce qu’il retrouvait.
Sa famille.
Ses repères.
Et surtout, une certaine paix intérieure.
Quand on discutait de son choix et que j’essayais parfois de lui opposer tous les arguments rationnels que nous connaissons, il finissait souvent par me répondre :
« Mais ce n’est pas mon pays ? »
Et finalement… que répondre à ça ?
Je ne suis ni son avocat ni ici pour dire que tout le monde devrait rentrer en Afrique.
Tout le monde ne peut pas vivre en Europe. Tout le monde ne peut pas vivre en Afrique non plus. Et surtout, tout le monde n’a pas le privilège de pouvoir choisir.
Mais son histoire m’interroge sur autre chose.
Combien de décisions prenons-nous simplement parce que « c’est ce qu’on est censé faire » ?
On reste dans une ville.
Dans un travail.
Dans une situation.
Parfois même dans une vie qui ne nous ressemble plus.
Simplement parce que partir obligerait à expliquer notre choix aux autres.
Peut-être que réussir sa vie ne consiste pas seulement à accumuler ce que les autres peuvent voir.
C’est aussi avoir le courage de choisir ce qui nous fait du bien, même lorsque personne autour de nous ne comprend pourquoi.
Georges DEFO, le 30-08-2026 à Lyon