Pourquoi avons-nous si peur du silence ?
J’ai remarqué quelque chose chez moi : lorsque je discute avec un inconnu, je supporte difficilement les silences.
Samedi encore, j'ai fait la rencontre du grand frère d'un bon ami qui se mariait. Il était gentiment venu me récupérer à la gare de Poitiers. Et nous avons donc fait 45 minutes de trajet pour nous rendre au domaine où avait lieu la cérémonie.
Quand j'ai eu l'information que c'est lui qui devait venir me chercher, ne le connaissant pas personnellement, je me suis mis à stresser. Je me demandais de quoi allions nous pouvoir parler? Et quel ne fût pas mon soulagement quand j'ai vu qu'il était accompagné de son ami.
Le trajet s'est super bien passé, mais je t'avoue que dès que la conversation s’arrêtait quelques secondes, mon cerveau se mettait au travail. Je devais trouver une nouvelle question, une anecdote. N’importe quoi pour meubler. Comme si ce silence signifiait forcément que quelque chose n’allait pas.
Pourtant, avec mes proches, je peux rester plusieurs minutes sans parler sans ressentir le moindre malaise. Bon j'exagère un peu quand même, je suis souvent une pipelette. Mais je sais rester silencieux sans culpabilité aucune.
Alors le problème n’est peut-être pas le silence. C’est ce que j’imagine qu’il dit de moi.
Est-ce que cette personne s’ennuie ? Est-ce que la conversation est en train de mourir ? Est-ce que je la mets assez à l'aise?
Et je me demande si cela ne dépasse pas les simples conversations.
Nous supportons de moins en moins le vide, je l'avais déjà écrit ici.
Quelques minutes dans une file d’attente : téléphone. Un trajet : écouteurs. Un repas seul : une vidéo. Même nos silences doivent désormais être occupés.
Mais à vouloir constamment meubler, on oublie parfois quelque chose d’essentiel : écouter. Car pendant que l’autre parle, nous préparons déjà la prochaine chose que nous allons dire. C'est notre fort quand nous débattons souvent de sport, politique ou même de business.
Alors, j’essaie désormais un exercice simple : lorsqu’un silence apparaît, je ne cherche plus systématiquement à le tuer. Je le laisse vivre quelques secondes. Je ne prends pas toute la pression sur moi, peut-être que l’autre reprendra la parole et essaiera lui aussi de me mettre à l'aise. Ca ne doit pas toujours forcément venir de moi.
Peut-être qu’une meilleure question viendra de l'autre personne, Et peut-être que personne ne dira rien. Et finalement, ce n’est pas si grave.
Georges DEFO, le 10-08-2026 à Lyon