Quand l’autorité devient variable

Quand l’autorité devient variable

Dans nos cultures, la parole des parents et des aînés a du poids. Et c’est normal.

Ils ont vécu plus longtemps. Ils ont vu plus de choses.

Ils ont traversé des épreuves que nous ne connaissons pas encore.

Alors très tôt, on apprend à écouter. À respecter. À ne pas contredire.

Mais avec le temps, on remarque quelque chose d’étrange. Cette autorité… n’est pas toujours constante. Quand le jeune réussit, quand il apporte quelque chose, quand ses choix produisent des résultats…on reconnaît sa valeur. On l’encourage. On le met en avant. On est fier.

Mais dès que ce même jeune prend une position qui dérange, qu’il propose une autre vision, ou qu’il refuse de suivre… on lui rappelle soudainement : “Tu es encore jeune.” “Tu ne sais pas encore.” “Laisse les grands parler.”

Comme si la légitimité dépendait du sens dans lequel tu vas. Comme si tu avais raison… uniquement quand ça arrange.

Et ça, c’est dangereux.

Parce que ça ne forme pas des personnes lucides. Ça forme des personnes conditionnées. Des personnes qui apprennent à avoir raison…seulement quand c’est autorisé.

Et avec le temps, beaucoup finissent par douter d’eux-mêmes. À se censurer. À suivre, même quand ils savent que ce n’est pas la bonne direction.

C’est là que je me pose une question.

Est-ce que, sans m’en rendre compte… je ne risque pas de faire pareil avec mon fils ?

Est-ce que je ne vais pas, moi aussi, valider ses idées quand elles m’arrangent…et les balayer quand elles me dérangent ?

Parce que c’est là que tout se joue. Je ne veux pas en faire quelqu’un qui obéit par réflexe. Je veux en faire quelqu’un qui réfléchit. Quelqu’un qui respecte… mais qui n’abdique pas.

Quelqu’un qui écoute… mais qui ne se renie pas.

Quelqu’un qui peut tenir une position, même seul, quand il sait qu’elle est juste.

Parce qu’au fond, le rôle d’un parent n’est pas seulement d’être écouté. C’est aussi de former quelqu’un qui saura, un jour, ne pas céder à la pression de la majorité.

Même face à toi.

Georges DEFO