Tous les peuples portent des blessures qu’on ne voit pas
Parfois, je trouve que certains débats entre Africains deviennent étranges.
Je suis tombé récemment sur une vidéo où un jeune Sénégalais reprochait à un Camerounais de donner son avis sur la situation politique du Sénégal.
Et honnêtement, au début, je comprenais son point de vue.
Parce qu’il est vrai qu’aucun peuple ne vit exactement les réalités d’un autre.
Chaque pays a : ses blessures, son histoire, ses tensions, ses sensibilités.
Donc oui, il y a parfois une certaine arrogance à vouloir expliquer à un peuple ce qu’il vit sans vraiment le connaître.
Mais là où j’ai commencé à me désolidariser de lui, c’est quand il a sous-entendu que certains peuples africains n’avaient pas de leçons à donner parce qu’ils ne faisaient pas “ce qu’il faut” pour changer leurs dirigeants.
Comme s’il existait des peuples courageux…et d’autres qui manqueraient simplement de fierté ou de dignité.
Et c’est là que je ne suis pas d’accord.
Parce que derrière certains silences, il y a parfois des décennies de luttes.
Des morts. Des disparitions. Des sacrifices.
Des gens qui ont résisté avec les moyens qu’ils avaient.
Des hommes et des femmes qui ont donné leur vie pour leurs idées.
Parfois publiquement. Parfois dans l’ombre.
Le problème, c’est que beaucoup d’Africains connaissent aujourd’hui mieux les buzz politiques des autres pays…que leur histoire réelle. Je ne sais pas si notre frère sénégalais connaît l'histoire du maquis au Cameroun. Et tous ces grands hommes qui ont lutté pour la souveraineté du Cameroun. Ils n'étaient pas sénégalais, ni congolais et qu'on veuille y croire ou pas, il existe des camerounais qui continuent de porter leur combat et leur flamme. En gros, on connaît les vidéos TikTok. Les tendances Twitter. Les coups d’État et les polémiques.
Mais beaucoup moins : les répressions, les traumatismes, les combats silencieux,
et les réalités profondes que vivent certains peuples.
Et honnêtement, je pense qu’on devrait faire attention à la manière dont nous nous parlons entre Africains.
Parce qu’à force de simplifier les réalités des autres peuples, on finit parfois par manquer de respect à ceux qui se battent encore.
Même quand leur combat ne ressemble pas au nôtre.
Georges DEFO, le 25-05-2026 à Lyon