Accepter d’être le méchant pendant cinq ans

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Accepter d’être le méchant pendant cinq ans

Il y a une décision que je trouve particulièrement difficile quand on veut construire quelque chose :

accepter de ne pas pouvoir sauver tout le monde tout de suite.

Imagine quelqu’un qui gagne correctement sa vie et qui décide, pendant cinq ans, de consacrer l’essentiel de son surplus à construire son entreprise, investir, se former et constituer un patrimoine.

Pendant ces cinq années, les sollicitations continuent.

Un cousin a besoin de 500 €. Un frère veut lancer un projet. Un proche traverse une mauvaise passe. Et lui répond souvent : « Non. Je n’ai pas encore»

Forcément, certains commencent à parler.

« Depuis qu’il gagne un peu d’argent, il a changé. »

« Il ne pense qu’à lui. »

« Pourtant, quand il n’avait rien… »

Le plus difficile, c’est qu’ils n’ont pas complètement tort. Il pourrait aider.

Mais Il choisit simplement de ne pas le faire systématiquement. Parce qu’il poursuit un objectif plus grand.

Avec 500 €, il peut régler un problème aujourd’hui.

Mais s’il construit suffisamment de capital, peut-être que demain il pourra financer des études, créer des emplois, prendre en charge une urgence médicale ou donner à quelqu’un les moyens de devenir autonome.

C’est un pari. Et comme tous les paris, rien ne garantit qu’il fonctionnera.

C’est d’ailleurs là que cette philosophie trouve sa limite.

Il y a des problèmes qui peuvent attendre.

Et il y a ceux devant lesquels parler de « vision à long terme » devient simplement de l’égoïsme.

Je ne laisserais pas quelqu’un que j’aime dans une situation dramatique sous prétexte que mon portefeuille d’actions doit atteindre un certain montant.

Mais je commence à comprendre qu’à vouloir répondre à toutes les sollicitations, on peut passer sa vie à soigner les symptômes sans soigner la vraie source du mal. Peut-être faut-il parfois accepter d’être le méchant pendant cinq ans… pour acquérir les moyens d’être réellement utile pendant les cinquante suivants.

La vraie difficulté est de savoir à quoi dire non aujourd’hui sans oublier pourquoi on voulait réussir demain.

Et toi, serais-tu capable d’assumer d’être mal compris pendant quelques années pour construire quelque chose de beaucoup plus grand ?

Georges DEFO