Ce que tu ne racontes pas disparaît
Je n’ai jamais jugé important d’établir un arbre généalogique.
Parce qu’à l’école, on ne nous l’a jamais demandé.
Je me rends compte que je n’ai presque jamais parlé de mon grand-père avec mon père. Ni même de ma grand-mère, que j’ai pourtant connue jusqu’à mes 7 ans.
Aujourd’hui, je perpétue ce cercle. Mon fils ne connaît presque rien de mon père.
Le fait qu’il soit décédé n’aide pas…mais je sais que je pourrais faire mieux.
Et ça me fait me poser une question simple : "Combien d’entre nous prennent vraiment le temps de reconstituer leur histoire familiale ?"
Tu me diras que la complexité de nos familles rend l’exercice difficile.
Et c’est vrai.
Mais même si on s’arrêtait à la génération juste avant nous, nos parents, nos oncles, nos tantes, on ne le fait pas.
Et pourtant, les conséquences sont bien réelles.
On parle souvent de transmission. Mais qu’est-ce qu’on transmet réellement ?
Nos enfants grandissent avec des noms flous. Des visages absents. Des histoires incomplètes, voire inexistantes. Et ensuite, on s’étonne qu’ils n’aient pas d’attache.
Alors que ce qui nous a attachés, nous…ce sont les souvenirs.
Un oncle drôle. Une tante sévère. Un cousin turbulent. Et parfois même juste le nom ou la réputation d'un parent déjà décédé dont les histoires au village ne cessent d'être racontées comme un légende urbaine.
Pouvoir mettre un nom, un visage, une histoire. Sans ça, tout devient abstrait.
Et ce n’est pas qu’une question d’identité. C’est aussi une question de repères.
Quand tu connais ton histoire,
tu comprends mieux d’où tu viens.
Et parfois… pourquoi tu es comme tu es.
Tu vois les répétitions.
Les erreurs qui se transmettent.
Les forces aussi.
Sans ça, tu recommences souvent à zéro. Il y a aussi des choses plus concrètes, presque gênantes à dire…
Aujourd’hui, on voyage plus qu’avant.
Les enfants se croisent sans se connaître.
Les familles sont éclatées entre plusieurs pays.
Et parfois… les liens se perdent complètement.
Un flirt peut arriver. Entre personnes qui partagent le même sang.Ça peut paraître tiré par les cheveux. Mais quand tu y réfléchis… ce n’est pas si improbable.
Et au-delà de ça…
il y a aussi la perte de mémoire.
Les histoires disparaissent. Les noms s’effacent. Les sacrifices sont oubliés.
Et un jour, tu réalises que tu es incapable de raconter à ton enfant
qui était son grand-père. Je n'en parle même pas de son arrière grand-père dont il tire beaucoup d'habitudes car la génétique tu sais ....
Alors peut-être que l’arbre généalogique, ce n’est pas juste un exercice scolaire.
C’est une responsabilité que l'on doit prendre un peu plus au sérieux, moi le premier.
Ne laissons pas nos enfants être encore plus déracinés et perdus qu'ils ne le sont déjà, pour cette année qui arrive bientôt à sa moitié, et si on commençait déjà à constituer cet arbre généalogique ne serait-ce qu'avec nos parents? Je pense que çà peut être plus amusant qu'on le pense.
Georges DEFO, le 22-04-2026 à Lyon