« Un enfant doit craindre son père » vraiment ?
« Est-ce que tu préfères que ton fils ait peur de toi ou qu’il te respecte ? »
C’est une question que ma copine m’avait posée et j’ai répondu que je préférais qu’il me craigne. Et bizarrement, plus j’y repense… plus cette réponse me dérange.
Je me demande même si j’ai vraiment réfléchi avant de répondre. Ou si c’est simplement mon passé, mon éducation et mon environnement qui parlaient automatiquement à travers moi. Parce qu’honnêtement, beaucoup d’entre nous ont grandi avec cette idée : “Un enfant doit craindre son père.”
Et pendant longtemps, je n’ai jamais vraiment remis cette phrase en question.
Dans beaucoup de familles africaines, l’autorité est souvent verticale. Le père parle. L’enfant écoute. Et parfois… il se tait surtout.
On associe souvent le calme d’un enfant au respect. Mais avec le temps, il devient clair que ce n’est pas si simple que ça. Il arrive souvent que ce soit un mélange entre la peur et le respect… et parfois simplement de la peur dans le pire des cas.
Parce qu’un enfant qui a peur de toi peut effectivement t’obéir. Très vite même. Il peut ranger sa chambre immédiatement. Baisser les yeux quand tu parles. Dire “oui papa” sans discuter.
Mais il peut aussi apprendre d’autres choses. Développer des super-pouvoirs comme reconnaître le vrombissement du moteur de la voiture de papa à des kilomètres et donc se mettre à fuir pour regagner le domicile duquel on lui avait interdit de sortir.
Mentir pour éviter les sanctions. Ne jamais exprimer ce qu’il ressent vraiment. Ou grandir avec l’idée qu’aimer quelqu’un signifie aussi le craindre un peu.
Et ça, c’est beaucoup plus profond qu’on ne l’imagine.
Avec du recul, je pense que beaucoup de parents africains ne confondent pas volontairement respect et peur. Ils reproduisent souvent ce qu’ils ont eux-mêmes connu. Même la plus belle femme du monde ne peut offrir que ce qu’elle possède.
Nos parents ont grandi dans des environnements parfois très durs. Pour beaucoup, l’éducation était une question de survie. Il fallait être fort. Discipliné. Obéissant. Et dans ces contextes-là, la peur devenait parfois un outil éducatif normal.
Le problème, c’est qu’on transmet parfois des choses qu’on n’a jamais pris le temps d’analyser.
Et certains enfants deviennent des adultes incapables de parler honnêtement à leurs parents. Des adultes qui cachent leurs problèmes. Qui ont peur de décevoir. Qui paniquent face à l’autorité. Ou qui n’arrivent jamais vraiment à exprimer leurs émotions librement.
Parfois même, on croit avoir créé du respect alors qu’on a simplement créé de la distance émotionnelle.
Je ne dis pas que les enfants doivent manquer de cadre. Ni que les parents doivent devenir faibles. Mais je crois que le vrai respect est peut-être plus profond que la peur. Il se trouve même dans ce que certains considèrent comme la source du manque de respect : “La communication.”
Parce qu’un enfant qui respecte réellement ses parents devrait aussi pouvoir leur dire la vérité. Même quand elle est difficile à entendre.
Et honnêtement… je crois qu’aujourd’hui, je préfère que mon fils me parle avec sincérité… plutôt qu’il tremble devant moi.
Et toi ? Que penses-tu de cette définition du respect ? Quelle est celle de tes parents ? Et toi, en tant que parent, comment définis-tu ou mets-tu en place le respect dans ta relation avec tes enfants ?
Georges DEFO, le 20-05-2026 à Lyon