Couper ce qui ne sert à rien

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Couper ce qui ne sert à rien

Marc Aurèle écrivait qu’une grande partie de nos paroles et de nos actions sont inutiles.

Et qu’à chaque instant, nous devrions nous demander :

est-ce que ceci fait partie des choses inutiles ?

Cette phrase m’a beaucoup parlé.

Parce que quand on regarde nos vies aujourd’hui, surtout nous, Africains qui partons souvent de loin, on se rend compte qu’on a parfois ajouté beaucoup de bruit autour de nos ambitions.

On veut réussir. C’est normal.

On veut rattraper le retard. C’est compréhensible.

On veut prouver qu’on peut être quelqu’un. C’est humain.

Mais parfois, à force de vouloir tout faire vite, on finit par confondre mouvement et progression.

On travaille. On étudie. On veut profiter. On veut snapper. On veut chiller. On veut flex. On veut se montrer. On veut être partout. On veut prouver aux autres qu’on avance.

Mais est-ce que tout cela nous rapproche vraiment de la vie qu’on prétend vouloir construire ?

C’est là que la pensée de Marc Aurèle devient intéressante.

Les stoïciens ne disaient pas forcément qu’il fallait fuir le monde. Ils n’étaient pas tous enfermés dans des temples à méditer loin des hommes. Beaucoup vivaient dans la cité, travaillaient, décidaient, combattaient, administraient.

Mais ils essayaient de faire une chose difficile : distinguer l’essentiel de l’inutile.

Et peut-être que c’est exactement ce dont nous avons besoin.

Parce que tout ce que les autres font n’est pas forcément bon à reprendre.

Ce n’est pas parce que tout le monde sort qu’il faut sortir.

Ce n’est pas parce que tout le monde s’affiche qu’il faut s’afficher.

Ce n’est pas parce que tout le monde court qu’il faut courir dans la même direction.

Parfois, le vrai luxe, ce n’est pas de pouvoir tout faire.

C’est d’avoir la lucidité de couper ce qui ne sert à rien.

Couper certaines dépenses. Couper certaines fréquentations. Couper certaines envies de paraître. Couper certaines paroles inutiles. Couper certaines distractions qui nous donnent l’impression de vivre alors qu’elles nous éloignent doucement de nous-mêmes.

Notre jeunesse veut aller vite. Et je la comprends.

Quand tu viens d’un environnement où beaucoup de choses manquent, tu peux facilement croire que vivre, c’est accumuler le plus vite possible.

Mais une vie ne se construit pas seulement avec de l’intensité. Elle se construit aussi avec du tri. Il faut parfois accepter de moins parler, moins montrer, moins suivre, moins consommer, moins imiter.

Non pas pour devenir triste ou ennuyeux. Mais pour garder de l’énergie pour ce qui compte vraiment.

Parce qu’à la fin, ce ne sont pas seulement nos efforts qui déterminent notre trajectoire.

Ce sont aussi toutes les choses inutiles que nous avons eu le courage de ne pas faire.

Georges DEFO, le 19-08-2026 à Lyon