Que vient faire un ingénieur au marché ?
Il y a un paradoxe qui me fascine au Cameroun.
Tu peux avoir passé vingt ans à maîtriser l’informatique, monter un cabinet de consulting avec des ingénieurs extrêmement compétents… et galérer à trouver suffisamment de clients pour faire fortune.
À côté, quelqu’un vend des emballages plastiques et construit tranquillement une fortune.
Pourquoi ?
Parce que le marché se fiche de la difficulté de ce que tu sais faire.
Des milliers de restaurants, vendeurs de rue, commerces et particuliers ont besoin d’emballages tous les jours. Le produit coûte peu, se renouvelle constamment et s’adresse à un marché immense. Le nerf de la guerre ici est de s’approvisionner au coût le plus bas possible, et le tour est joué. En vrai, je grossis le trait exprès, hein.
Le consulting informatique, lui, nécessite des clients capables de comprendre ton expertise, d’en avoir besoin et surtout de pouvoir la payer. Ton marché potentiel se réduit brutalement. On est rapidement sur un marché de niche. Et là, ça commence même à aller un peu mieux, car les entreprises comprennent de plus en plus l’enjeu de la digitalisation.
C’est une leçon que j’ai mis du temps à comprendre en tant qu’informaticien :
La valeur économique d’une compétence ne dépend pas seulement de sa complexité. Elle dépend aussi du nombre de personnes prêtes à payer pour elle.
Parfois, pour devenir riche, il vaut mieux résoudre un problème banal pour un million de personnes qu’un problème extrêmement complexe pour cinquante.
Le business le plus impressionnant n’est pas forcément le meilleur business.
Et c’est d’autant plus difficile quand tu prêtes attention aux paroles du style : « Que vient faire un ingénieur au champ ? Que vient faire un ingénieur dans le bayam-sellam ? »
Erreur grave, mon petit.
Comme l’aurait dit l’humoriste Edgar-Yves : « Tu as manqué de vigilance, mon petit. »
Georges DEFO, le 18-08-2026 à Lyon