"Je ne te reconnais plus!"
Hier, Samedi 15 Août, j'étais à un anniversaire avec un ami avec qui je n'avais pas eu l'occasion de faire la fête depuis un moment. Plus la soirée avançait, plus il me regardait avec un air presque effaré. À un moment, il finit par me dire :
« Je ne te reconnais pas. » 🤣🤣🤣
Il ne parlait évidemment pas de mon visage. Nous discutions de plusieurs sujets sur lesquels, quelques années auparavant, j'avais des positions beaucoup plus tranchées.
Et il avait raison. J'ai changé. Je lui ai répondu en rigolant qu'il n'y avait que les idiots qui ne changeaient pas d'avis.
Mais au fond, sa remarque m'a fait réfléchir.
Parce que sur beaucoup de ces sujets, je regrette aujourd'hui d'avoir été aussi catégorique. Pas nécessairement parce que tout ce que je pensais était faux, mais parce que j'avais parfois des certitudes sur des choses dont je ne comprenais pas encore toutes les subtilités. On a souvent une certaine facilité à juger sans jamais avoir été dans la position de celui qu'on accable aujourd'hui.
Et aujourd'hui, en préparant mon texte, j'avais en tête de trouver des études qui avaient été faites sur le sujet et j'ai découvert le paradoxe du bateau de Thésée. Ce paradoxe est une expérience de pensée philosophique vieille de près de 2 000 ans. Elle dit ceci:
Les Athéniens auraient conservé pendant des années le bateau de Thésée "Personnage de la mythologie grecque connu notamment pour avoir vaincu le minotaure". Lorsque certaines planches vieillissaient, ils les remplaçaient. Une après l'autre. Jusqu'à poser une question fascinante :
Si toutes les planches d'un bateau sont progressivement remplacées, est-ce toujours le même bateau ?
Et forcément, j'ai vu le lien avec mon anecdote d'hier.
Parce que nous faisons exactement la même chose. Une expérience remplace une certitude. Une rencontre modifie une conviction. Une erreur nous débarrasse d'un jugement. Un livre change notre manière de regarder le monde.
Planche après planche.
Et un jour, quelqu'un qui ne nous avait pas vraiment observés depuis longtemps nous regarde et dit : « Je ne te reconnais plus. »
Pourtant, je suis toujours moi. Enfin… je crois. 😅
Peut-être que grandir, ce n'est pas essayer de conserver éternellement toutes nos vieilles planches. C'est accepter d'en remplacer certaines lorsque la vie nous démontre qu'elles ne tiennent plus. Et ne pas se sentir honteux de l'avoir fait.
Quand on nous dit "Je ne te reconnais plus", très souvent le sentiment qui prévaut c'est un sentiment négatif au lieu d'un sentiment de fierté. Et donc je pose cette question pour que tous ensemble nous y refléchissions.
Combien de vieilles convictions gardons-nous uniquement pour pouvoir continuer à dire : « Moi, je n'ai jamais changé » ?
Georges DEFO, le 16-08-2026 à Lyon