Jusqu’où doit aller la loyauté ?

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Jusqu’où doit aller la loyauté ?

J’ai découvert récemment une particularité du droit américain qui m’a beaucoup fait réfléchir.

Dans certaines procédures pénales, une personne mariée peut bénéficier de ce qu’on appelle le spousal testimonial privilege : le conjoint appelé à témoigner peut, sous certaines conditions, refuser de témoigner contre son époux.

Attention, cela ne signifie pas qu’un mari ou une femme ne peut jamais témoigner contre son conjoint. Il existe des exceptions et les règles varient selon les juridictions.

Mais c’est le principe derrière cette protection qui m’intéresse.

Pourquoi la justice accepterait-elle volontairement de se priver d’un témoignage potentiellement important ?

L’une des raisons avancées est la protection du mariage et de l’harmonie familiale.

Et je trouve le dilemme fascinant.

D’un côté, je comprends.

Peut-on demander à quelqu’un de participer directement à la condamnation de la personne avec laquelle il partage sa vie ?

Une société a peut-être intérêt à protéger certains espaces de confiance. C’est d’ailleurs pour cela que certaines communications confidentielles entre époux bénéficient également d’une protection particulière.

Mais poussons maintenant le raisonnement dans l’autre sens.

Imaginons que votre conjoint ait commis quelque chose de grave.

Vous connaissez une partie de la vérité.

Peut-être même détenez-vous une information déterminante.

Est-il toujours légitime de vous permettre de garder le silence simplement parce que vous êtes mariés ?

À quel moment la loyauté devient-elle de la complicité ?

C’est là que cette règle me ramène à quelque chose de beaucoup plus proche de nous.

Parce que nous avons parfois notre propre version de cette loi dans nos familles, nos couples et nos groupes d’amis.

« Ça reste entre nous. »

Nous ne l’avons écrite dans aucun Code pénal.

Pourtant, nous l’appliquons.

Et elle possède de vrais avantages : elle protège l’intimité, la confiance et parfois même les relations.

Mais elle comporte aussi un danger.

À force de protéger les personnes que nous aimons, nous pouvons finir par protéger également leurs mauvais comportements.

Alors je n’ai volontairement pas de réponse définitive.

J’ai plutôt une question.

Si demain la vérité pouvait faire condamner quelqu’un que vous aimez profondément, préféreriez-vous être fidèle à la vérité… ou loyal envers cette personne ?

Georges DEFO, le 15-08-2026 à Lyon

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