Les lois sont faciles… jusqu’au jour où elles frappent quelqu’un qu’on aime.
Depuis quelque temps, une question me trotte dans la tête.
Nous sommes nombreux à réclamer plus de justice.
Des lois plus sévères.
Des sanctions plus exemplaires.
Des règles appliquées à tout le monde.
Et je trouve ça normal.
Mais je me demande parfois si nous sommes réellement prêts à vivre avec les règles que nous défendons.
Je fais partie du bureau d’une association.
Il arrive que nous ayons à sanctionner certains comportements.
Sur le papier, c’est simple.
Le règlement existe.
Il suffit de l’appliquer.
Mais les choses deviennent beaucoup plus compliquées lorsque la personne concernée est un ami.
Quelqu’un avec qui tu rigoles chaque semaine.
Quelqu’un que tu connais depuis des années.
À cet instant, deux voix s’affrontent.
La première dit :
« Le règlement est le règlement. »
La seconde répond :
« Oui… mais lui, ce n’est pas n’importe qui. »
Et je me suis rendu compte que c’est probablement là que commence le véritable test de nos valeurs.
Cette réflexion m’est revenue récemment en observant certaines réactions dans le débat politique.
Pendant des années, certains responsables ont défendu des lois extrêmement fermes contre les élus condamnés pour détournement de fonds publics.
Puis, lorsque l’une de ces lois s’est appliquée à Marine Le Pen après sa condamnation, le discours a changé.
Beaucoup de ceux qui applaudissaient le principe ont commencé à discuter de son application.
Je ne cite pas cet exemple pour parler de politique.
Je pourrais prendre celui de n’importe quel autre responsable, de droite comme de gauche.
Ce qui m’intéresse, ce n’est pas la personne.
C’est le mécanisme.
Parce que je crois que nous faisons tous la même chose, à notre échelle.
Nous voulons une école exigeante…
Jusqu’au jour où notre enfant est sanctionné.
Nous voulons une justice inflexible…
Jusqu’au jour où notre frère est concerné.
Nous voulons que les règles soient les mêmes pour tout le monde…
Jusqu’au jour où elles s’appliquent à notre meilleur ami.
Ou à nous-mêmes.
C’est précisément à ce moment-là que l’on découvre si nos convictions sont réelles.
Un principe ne vaut pas grand-chose lorsqu’il ne nous coûte rien.
La véritable intégrité consiste peut-être à accepter qu’une règle que nous avons jugée juste continue de l’être… même lorsqu’elle nous est défavorable.
Parce qu’au fond, il est très facile d’être loyal envers ses proches.
Il est tout aussi facile d’être fidèle à ses principes lorsque personne que l’on aime n’est concerné.
Le plus difficile, c’est lorsque ces deux fidélités entrent en conflit.
Et c’est probablement à cet instant que notre caractère se révèle vraiment.
Georges DEFO, le 11-07-2026 à Douala