On ne choisit pas seulement un pays. On choisit aussi ceux qui nous accueillent.
Le parcours de beaucoup de migrants se ressemble.
Tu arrives dans un nouveau pays avec tes valises, quelques économies… et énormément d’incertitudes.
Très vite, tu cherches ceux qui sont arrivés avant toi.
Ce sont eux qui connaissent les démarches.
Les pièges. Les quartiers. Les écoles. Les employeurs.
Bref, tout ce que toi tu ignores encore.
Et selon la personne sur laquelle tu tombes, ton histoire peut prendre deux directions complètement différentes.
J’ai eu cette chance. J’ai connu des aînés qui m’ont accompagné comme un véritable petit frère.
Ils m’ont ouvert des portes. Ils m’ont évité des erreurs. Ils ont partagé leur expérience sans jamais rien attendre en retour.
Mais j’ai aussi connu l’autre catégorie.
Celle qui aide… à condition que tu restes dépendant. Celle qui transforme ta vulnérabilité en monnaie d’échange.
On parle souvent des abus parce qu’ils existent.
Certains nouveaux arrivants deviennent les chauffeurs, les déménageurs, les assistants personnels ou les hommes à tout faire de ceux qui les « accueillent ».
Ce n’est plus de l’accompagnement. C’est de l’exploitation.
Quand je suis arrivé en Roumanie, je n’avais presque rien.
J’étais le petit qu’on envoyait faire les courses. Celui qu’on nourrissait.
Celui dont on parlait ensuite devant les autres pour montrer à quel point on avait été généreux.
En y repensant aujourd’hui, j’étais un peu l’enfant sponsorisé de l’UNICEF. 🤣
À cette époque, Yannick me répétait souvent une phrase que je comprenais mal :
« Toute aide n’est pas forcément une bonne aide. »
Sur le moment, je trouvais ça étrange.
Comment pouvait-on refuser une main tendue quand on avait faim ?
Puis j’ai compris.
Certaines aides nourrissent. D’autres t’attachent.
À partir du moment où quelqu’un contrôle ce dont tu dépends, il finit parfois par croire qu’il contrôle aussi la manière dont tu dois lui parler, penser ou vivre.
C’est injuste.
Le respect ne devrait jamais s’acheter.
Mais dans la réalité, il est très difficile d’exiger l’égalité lorsqu’on dépend entièrement de celui qui te fait vivre.
Depuis cette période, j’ai appris une chose.
Quand c’est possible, je préfère parfois souffrir un peu plus longtemps pour construire mon autonomie plutôt que d’accepter une aide qui risque de me coûter ma liberté.
Parce qu’au fond, la plus belle aide n’est pas celle qui crée des assistés.
C’est celle qui rend l’autre capable de ne plus jamais avoir besoin de toi.
Georges DEFO, le 10-07-2026 à Lyon