Quand la critique finit par nous aveugler
Avant-hier, lors d’une discussion dans une association, Junior parlait de sa frustration.
Certaines décisions ne lui plaisaient pas.
Certaines situations lui semblaient mal gérées.
Certaines personnes, pas assez impliquées.
Il avait des choses à dire.
Et, honnêtement, toutes ses revendications n’étaient pas absurdes. Certaines étaient même légitimes.
Puis quelqu’un lui a posé une question toute simple :
« Qu’est-ce que tu trouves qu’on fait bien ? »
Junior a marqué une pause.
Et sans même s’en rendre compte, il a cité une nouvelle chose qui, selon lui, ne fonctionnait pas.
C’est là que le silence s’est installé.
Parce que ce n’était pas vraiment ce qu’il pensait.
Au fond, Junior savait que l’association ne faisait pas que de la merde.
Il y était présent.
Il participait.
Il donnait son temps.
Il croyait aussi à certaines choses qui étaient en train de se construire.
Mais sa frustration avait pris tellement de place qu’elle avait fini par raconter toute l’histoire à sa place.
Et c’est souvent là que se trouve le vrai problème.
À force de regarder ce qui ne va pas, on peut finir par ne plus voir ce qui va.
On cherche tellement à se faire entendre qu’on n’écoute plus vraiment la réponse.
On veut tellement avoir raison qu’on ne regarde plus l’ensemble du tableau.
Et parfois, on finit même par ne plus s’écouter soi-même.
C’est pareil dans les familles.
Dans les entreprises.
Dans les groupes WhatsApp.
Et même dans les pays.
Les frustrations sont parfois légitimes.
Les dysfonctionnements existent.
Les injustices aussi.
Mais lorsqu’on ne sait plus reconnaître ce qui fonctionne, même modestement, on finit par décourager ceux qui essaient encore de construire.
Critiquer ne veut pas dire tout rejeter.
Une critique utile ne cherche pas seulement ce qu’il faut casser.
Elle sait aussi reconnaître ce qu’il faut protéger.
Parce qu’une société qui ne voit plus que ce qui est cassé risque, un jour, de casser aussi ce qui tenait encore debout.
Georges DEFO, le 29-06-2026 à Lyon