Rentrer au pays n’est pas partir en vacances

Partager
Rentrer au pays n’est pas partir en vacances

Quand on parle de retourner en Afrique, on a souvent tendance à vouloir prendre notre revanche sur la vie. On ne veut pas seulement rentrer. On veut rentrer de manière triomphale.

Vivre à Bonapriso. Habiter dans les quartiers chics. Sortir dans les meilleurs endroits.
Être vu. Être reconnu. Prouver que l’exil a payé.

Et parfois, pire encore : on veut vivre au pays comme lorsqu’on y part en vacances. Très souvent, il y a deux questions que je pose à quelqu’un qui me dit vouloir rentrer s’établir.

La première :

Combien faudrait-il que tu reçoives comme salaire mensuel pour accepter de rentrer ?

Et les réponses ne cessent de m’étonner. 5 millions de FCFA par-ci. 4 millions de FCFA par-là. On parle quand même de 6 000 à 7 500 euros par mois.

Un niveau de salaire que très peu de personnes perçoivent, même ici en Occident.

La deuxième question :

Combien dépenses-tu lorsque tu pars un mois en vacances au pays ?

Là aussi, certaines réponses donnent le vertige. Certains peuvent dépenser 10 000 euros en quelques semaines.

Et à ce moment-là, tout devient plus clair. Ils ne veulent pas forcément rentrer vivre au pays. Ils veulent prolonger leur vie de vacancier.

Et je crois que le problème est là. En réalité, beaucoup d’entre nous fantasment leur retour. On imagine un retour confortable, spectaculaire, valorisant. Un retour où l’on retrouverait le pays, mais sans les contraintes du pays. Un retour où l’on profiterait de l’Afrique sans vraiment accepter d’y vivre.

Mais vivre au pays, ce n’est pas vivre mbeng au pays. En tout cas, pas au début.

Et encore moins lorsqu’on n’a pas une ou plusieurs sources de revenus stables, solides et conséquentes. Tous mes amis qui ont fait le choix volontaire de s’installer durablement avaient un point commun : ils avaient accepté de redescendre dans le réel. Ils avaient compris qu’un véritable retour n’est pas une mise en scène.

C’est une construction.

Il faut accepter de réapprendre le pays. Réapprendre les lenteurs.
Réapprendre les codes. Réapprendre les frustrations. Réapprendre les opportunités aussi.

Et même avec de bons revenus, il faut rester prudent.

Parce que l’instabilité réelle fait qu’il vaut mieux avoir une épargne plus que conséquente. Pas pour frimer. Pas pour impressionner. Mais pour amortir les imprévus, tenir dans la durée et éviter de repartir au moindre choc.

Peut-être que rentrer au pays demande moins de romantisme et plus de stratégie. Moins de revanche sociale et plus de patience. Moins de “je vais leur montrer” et plus de “je vais construire”.

Parce qu’au fond, celui qui rentre pour être admiré risque vite d’être fatigué. Mais celui qui rentre pour bâtir sait déjà que les premières années ne seront peut-être pas belles. Elles seront utiles. Une bonne partie de ce texte se base sur le retour d'expérience de Dirane qui a très vite compris que ce n'était pas un jeu.

Donc si tu entends l'appel du pays, et que tu veux y répondre, la première préparation doit être mentale et accepter de "renoncer" à ta vie occidentale.

Georges DEFO, le 09-09-2026 à Lyon

Lire la suite